La professeure Nassima Achour, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital El Kettar, a alerté sur la progression préoccupante de la résistance aux antibiotiques, qu’elle considère comme l’un des principaux défis de santé publique. Intervenant lors de l’université d’été organisée par l’Institut national de santé publique (INSP), elle a souligné que ce phénomène ne se limite plus aux établissements hospitaliers, mais touche désormais l’ensemble de la société en raison d’un recours excessif et souvent injustifié aux antibiotiques.
La spécialiste a rappelé qu’en 2016, l’Algérie figurait parmi les pays les plus consommateurs d’antibiotiques. Selon elle, la rationalisation de leur prescription et de leur utilisation constitue aujourd’hui une priorité afin de préserver leur efficacité thérapeutique pour les générations futures.
La Pr Achour a insisté sur le fait que les antibiotiques ne doivent être prescrits qu’en présence d’une infection bactérienne confirmée ou fortement suspectée. Elle a précisé qu’ils sont inefficaces contre les infections virales, notamment le rhume, la bronchite aiguë chez une personne en bonne santé, ainsi que la majorité des angines et infections respiratoires d’origine virale. Leur utilisation dans ces situations favorise l’émergence de bactéries résistantes.
Elle a présenté les trois principes fondamentaux du bon usage des antibiotiques : ne pas débuter un traitement sans indication médicale clairement établie, réaliser les examens complémentaires appropriés avant la prescription lorsque cela est possible, puis réévaluer systématiquement le traitement entre 48 et 72 heures afin de l’adapter ou de l’interrompre si son maintien n’est plus justifié.
Concernant les examens biologiques, la spécialiste a expliqué qu’ils ne doivent être demandés que si leurs résultats sont susceptibles de modifier la prise en charge thérapeutique. Elle a également indiqué que les marqueurs biologiques tels que la CRP et la procalcitonine (PCT) constituent des outils d’aide à la décision, sans pouvoir à eux seuls justifier la prescription d’un antibiotique. Elle a ajouté qu’en l’absence de gravité clinique, il n’est pas recommandé de commencer une antibiothérapie avant l’obtention des résultats des examens.
La Pr Achour a par ailleurs souligné que les services des urgences demeurent parmi les principaux lieux de prescriptions inappropriées d’antibiotiques, en raison de la pression liée à l’activité et des incertitudes diagnostiques. Elle a plaidé pour le renforcement de la pratique consistant à réévaluer systématiquement les traitements après 72 heures.
En conclusion, la spécialiste a rappelé que le bon usage des antibiotiques relève d’une responsabilité collective. Elle a estimé que l’objectif fixé par l’Algérie de réduire de 50 % les prescriptions injustifiées d’antibiotiques d’ici 2030 contribuera à limiter la progression de la résistance bactérienne, à protéger la santé de la population et à renforcer la sécurité sanitaire du pays.
Nouhad Ourebzani