Un enfant qui ne tient pas en place, qui peine à se concentrer ou qui rencontre des difficultés à l’école n’est pas nécessairement victime d’une mauvaise éducation. Pourtant, face à ces comportements, les parents se retrouvent souvent mis en cause, alors que certains enfants peuvent présenter un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), nécessitant une évaluation et une prise en charge adaptées.
Dans un entretien accordé à Esseha, en marge du Congrès international sur la psychiatrie au féminin, la Pr Asma Ouseddik, pédopsychiatre, insiste sur la nécessité de changer le regard porté sur ces enfants et leurs familles. Elle rappelle que le TDAH peut affecter plusieurs dimensions de la vie de l’enfant, notamment ses apprentissages, ses relations familiales et son équilibre émotionnel.
La spécialiste accorde une importance particulière à l’écoute des parents, dont les observations constituent une source précieuse d’informations pour les professionnels de santé. « Ce sont les spécialistes de leurs enfants », souligne-t-elle, estimant qu’ils doivent être associés pleinement à l’évaluation et à l’accompagnement de leur enfant.
Elle dénonce également les idées reçues qui entourent ce trouble. Le TDAH ne saurait être réduit à une mauvaise éducation, ni présenté comme une invention de l’industrie pharmaceutique. Quant aux écrans, s’ils peuvent influencer le comportement et certaines capacités d’attention, leur utilisation ne suffit pas à expliquer l’apparition de ce trouble du neurodéveloppement.
La question du repérage précoce occupe également une place centrale dans son intervention. La Pr Ouseddik évoque la possibilité d’établir un diagnostic vers l’âge de 5 à 6 ans, tout en précisant que certains signes peuvent être observés chez des enfants plus jeunes. Dans ces situations, elle recommande de les orienter vers une équipe spécialisée en pédopsychiatrie afin de procéder à une évaluation adaptée.
Cette vigilance ne signifie toutefois pas que toute agitation ou difficulté de concentration relève du TDAH. Le diagnostic repose sur un ensemble de critères cliniques et sur l’observation des difficultés dans différents contextes de la vie quotidienne.
Au-delà du diagnostic, la spécialiste insiste sur l’importance d’une intervention précoce et d’un accompagnement qui prenne en considération l’enfant dans son environnement familial et scolaire.
Son message s’adresse ainsi autant aux professionnels de santé qu’aux familles : écouter les parents, reconnaître leurs difficultés et éviter de les culpabiliser constitue une condition essentielle pour améliorer le parcours de soins des enfants concernés.
Tinhinane B