TDAH chez l’enfant : quand l’inattention et l’hyperactivité sont prises pour un manque d’éducation

Un enfant qui ne tient pas en place, interrompt constamment les autres ou peine à se concentrer est parfois rapidement qualifié de turbulent, de paresseux ou de mal élevé. Pourtant, derrière certains de ces comportements peut se cacher un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), une affection du neurodéveloppement encore insuffisamment comprise et dont les manifestations ne sont pas toujours faciles à reconnaître.

Interrogée par Esseha en marge du Congrès international de psychiatrie au féminin, organisé les 22 et 23 octobre à Alger, la Pr Sandra Mouffok, cheffe du service de pédopsychiatrie de l’EHS d’Oran, a insisté sur la nécessité de mieux identifier ce trouble, mais aussi d’éviter les diagnostics précipités.

Le TDAH se manifeste principalement par des difficultés d’attention, une hyperactivité et une impulsivité, dont l’intensité varie d’un enfant à l’autre. Si l’agitation attire facilement l’attention des parents et des enseignants, les difficultés de concentration peuvent passer beaucoup plus longtemps inaperçues. Certains enfants ne perturbent pas leur entourage, mais peinent à suivre les consignes, oublient fréquemment leurs affaires ou éprouvent des difficultés à terminer leurs activités.

Pour la spécialiste, cette distinction est essentielle. L’hyperactivité visible conduit souvent à une consultation, tandis que l’inattention peut être interprétée comme un manque de sérieux, de motivation ou d’effort. Or, ces comportements ne suffisent pas, à eux seuls, à établir un diagnostic de TDAH.

D’autres difficultés peuvent produire des manifestations similaires, notamment les troubles anxieux, certains troubles des apprentissages, les troubles du sommeil ou d’autres troubles du neurodéveloppement. C’est pourquoi la Pr Mouffok insiste sur la nécessité d’une évaluation approfondie de l’enfant avant de conclure à un TDAH.

Contrairement à une idée répandue, ce diagnostic ne repose ni sur une analyse biologique ni sur un examen d’imagerie cérébrale. Il nécessite une évaluation clinique tenant compte de l’histoire de l’enfant, de son développement, de son comportement et des difficultés observées dans ses différents milieux de vie. Les informations recueillies auprès des parents et des enseignants jouent également un rôle important.

La question de l’âge constitue une autre source d’interrogation pour les familles. Certains signes peuvent apparaître dès la petite enfance, mais il convient de les interpréter avec prudence, car l’agitation et les difficultés à maintenir son attention peuvent aussi faire partie du développement habituel des jeunes enfants. Le diagnostic peut être envisagé avant l’âge scolaire lorsque les manifestations sont persistantes, importantes et suffisamment documentées.

Au-delà des difficultés scolaires, la pédopsychiatre attire l’attention sur les conséquences psychologiques et sociales du trouble. Les enfants concernés peuvent avoir du mal à réguler leurs émotions, se mettre rapidement en colère ou réagir de manière impulsive. Des comportements parfois perçus comme de la provocation et susceptibles de provoquer des tensions avec les parents, les enseignants ou les autres enfants.

Cette incompréhension peut devenir particulièrement pénalisante lorsque l’enfant est constamment sanctionné pour des comportements qu’il peine lui-même à maîtriser. La Pr Mouffok rappelle que le TDAH est un trouble du neurodéveloppement et non la conséquence d’une mauvaise éducation. Cela ne signifie pas que les règles éducatives soient inutiles, mais que l’enfant peut avoir besoin d’un accompagnement adapté pour apprendre à mieux gérer ses difficultés.

La prise en charge ne se limite pas aux médicaments. Elle peut associer accompagnement des parents, interventions psychologiques et comportementales, adaptations scolaires et, lorsque cela est nécessaire, traitement médicamenteux. Le choix dépend notamment de l’âge de l’enfant, de la sévérité des symptômes et de leurs répercussions sur sa vie quotidienne. Une évaluation spécialisée permet de déterminer les interventions les plus appropriées.

Aux parents et aux enseignants, la spécialiste adresse ainsi un message de vigilance, mais aussi de compréhension. Un enfant constamment agité ou inattentif ne doit être ni immédiatement considéré comme malade ni systématiquement accusé de manquer de discipline. Lorsque les difficultés persistent et perturbent sa scolarité, ses relations ou sa vie familiale, une consultation permet d’en rechercher les causes.

L’enjeu dépasse le seul diagnostic : reconnaître les difficultés d’un enfant, c’est aussi éviter qu’il grandisse avec le sentiment d’être incapable, paresseux ou systématiquement fautif pour des comportements qui peuvent relever d’un trouble nécessitant une prise en charge.

Tinhinane B