Chaque année, la Journée internationale des droits des femmes rappelle le rôle déterminant des femmes dans la construction des sociétés. En Algérie, cette date prend une dimension particulière lorsque l’on observe l’histoire du système de santé national. Car derrière les hôpitaux, les facultés de médecine, les centres de recherche et les dispensaires de quartier se trouve l’engagement constant de générations de femmes qui ont consacré leur vie à soigner, former et faire progresser la science médicale.
De la guerre de libération nationale à l’édification du système de santé après l’indépendance, jusqu’aux laboratoires de recherche les plus prestigieux du monde, la femme algérienne a contribué de manière décisive à la protection de la vie et au progrès de la médecine.
Une contribution souvent discrète, parfois méconnue, mais profondément ancrée dans l’histoire du pays.
Durant la guerre de libération nationale, lorsque les maquis se multiplient dans les montagnes et les campagnes algériennes, la médecine devient une nécessité vitale pour la survie des combattants et des populations civiles. Les infrastructures médicales étant très limitées pour les Algériens, de nombreux soins sont dispensés dans des conditions extrêmement précaires.
C’est dans ce contexte que des femmes s’engagent comme infirmières, auxiliaires médicales ou agentes sanitaires auprès des combattants de l’Armée de libération nationale. Parmi elles figure notamment Nafissa Hamoud, médecin et militante nationaliste, qui rejoint la lutte et participe à l’organisation des soins dans les rangs de la révolution.
D’autres femmes comme Meriem Belmihoub ou Malika Gaïd rejoignent également le maquis et assurent la prise en charge des blessés, souvent dans des conditions très difficiles. Elles pratiquent les premiers soins, transportent des médicaments et organisent l’évacuation des blessés vers les structures sanitaires installées aux frontières.
Certaines étudiantes interrompent leurs études pour participer à la révolution. C’est le cas de nombreuses jeunes femmes mobilisées après la grève historique des étudiants de 1956. Leur engagement dans les réseaux sanitaires clandestins témoigne de la place essentielle qu’occupent déjà les femmes dans l’organisation de la résistance.
Lorsque l’Algérie accède à l’indépendance en 1962, le pays se trouve confronté à un immense défi : reconstruire un système de santé quasiment vidé de ses cadres. Le départ massif des médecins européens laisse un vide considérable dans les hôpitaux et les structures sanitaires.
C’est alors qu’une nouvelle génération de médecins algériens, parmi lesquels de nombreuses femmes, prend progressivement le relais. Dans les facultés de médecine d’Alger, d’Oran et de Constantine, les étudiantes sont de plus en plus nombreuses à choisir la carrière médicale.
Certaines vont marquer durablement l’histoire du secteur de la santé. Nafissa Hamoud, devenue professeure de médecine, occupera plus tard le poste de ministre de la Santé, incarnant l’ascension d’une génération de femmes qui ont participé à la fois à la lutte pour l’indépendance et à la construction de l’État.
Dans les années 1990, une autre figure féminine importante du secteur accède également à ce poste : Zahia Mentouri, médecin et professeure universitaire, qui contribue à orienter les politiques sanitaires à une période particulièrement difficile de l’histoire du pays.
Mais l’édification du système de santé algérien ne repose pas uniquement sur les grandes figures politiques ou universitaires. Elle s’appuie aussi sur des milliers de professionnelles de santé qui travaillent quotidiennement dans les hôpitaux, les dispensaires et les centres de protection maternelle et infantile.
Les sages-femmes, les infirmières et les médecins généralistes jouent un rôle déterminant dans l’amélioration de la santé publique, notamment dans les zones rurales. Leur travail contribue à la réduction de la mortalité infantile, au suivi des grossesses et à la vaccination des enfants.
Dans les universités également, les femmes prennent progressivement une place importante dans la formation médicale. Des professeures et cheffes de service participent à l’encadrement des étudiants et à la formation des futures générations de médecins.
Au fil des décennies, cette présence féminine dans la médecine algérienne ne cesse de se renforcer. Aujourd’hui, dans plusieurs facultés de médecine du pays, les étudiantes représentent une part majoritaire des effectifs.
Mais l’influence des femmes algériennes ne se limite pas au système de santé national. De nombreuses scientifiques d’origine algérienne se distinguent également dans la recherche médicale internationale.
Parmi elles figure Yasmine Belkaid, immunologiste de renommée mondiale et directrice de l’Institut Pasteur à Paris. Ses travaux sur le microbiote et les interactions entre les microbes et le système immunitaire ont profondément influencé la compréhension des maladies infectieuses et inflammatoires.
Une autre scientifique d’origine algérienne, Nadia Rosenthal, s’est imposée comme une figure majeure de la recherche en médecine régénérative. Ses recherches sur la réparation des tissus et la régénération cellulaire ouvrent des perspectives importantes pour le traitement de nombreuses maladies.
Ces parcours illustrent l’extension de l’influence scientifique des femmes algériennes bien au-delà des frontières nationales. Dans les laboratoires de recherche en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs, elles contribuent à des avancées majeures dans les domaines de l’immunologie, de la génétique, des neurosciences ou encore de la biologie moléculaire.
Dans les hôpitaux algériens également, les femmes occupent aujourd’hui des postes de responsabilité dans de nombreuses spécialités médicales. On les retrouve à la tête de services de cardiologie, d’ophtalmologie, d’anesthésie-réanimation ou de pédiatrie.
Certaines sont devenues des références dans leur domaine et participent à la formation de jeunes médecins, contribuant ainsi à la transmission du savoir médical.
Cette évolution traduit une transformation profonde de la société algérienne. Alors que certaines spécialités médicales étaient autrefois dominées par les hommes, la nouvelle génération de médecins algériennes s’impose aujourd’hui dans tous les domaines de la médecine, y compris les plus techniques et les plus exigeants.
Les crises sanitaires récentes ont également mis en lumière leur rôle essentiel. Dans les services hospitaliers, les laboratoires d’analyses et les centres de soins, elles ont été en première ligne pour prendre en charge les patients et participer aux efforts de prévention et de recherche.
Pourtant, malgré cette contribution immense, le rôle des femmes dans l’histoire de la médecine algérienne reste parfois insuffisamment mis en valeur. Beaucoup de ces professionnelles de santé ont œuvré dans l’ombre, guidées par un sens profond du devoir et du service public.
La Journée internationale des droits des femmes constitue donc aussi une occasion de rappeler cette réalité : la construction du système de santé algérien est indissociable de l’engagement de milliers de femmes qui, depuis la guerre de libération jusqu’à aujourd’hui, ont consacré leur vie à la protection de la santé de leurs concitoyens.
Des infirmières du maquis aux chercheuses des grands laboratoires internationaux, en passant par les médecins des hôpitaux publics et les sages-femmes des villages, la femme algérienne a contribué de manière décisive à l’édification de la médecine nationale.
Et à regarder les amphithéâtres des facultés de médecine aujourd’hui, où les étudiantes sont toujours plus nombreuses, une chose apparaît clairement : l’avenir de la santé en Algérie continuera, lui aussi, de s’écrire largement au féminin.
Nora S.