Sédentarité et cerveau : quand rester assis ne signifie pas forcément décliner

Longtemps, la sédentarité a été présentée comme un facteur de risque uniforme, nuisible pour le cœur, le métabolisme… et désormais pour le cerveau. Pourtant, une vaste revue scientifique publiée récemment dans Journal of Cerebral Blood Flow & Metabolism nuance fortement cette vision. Son message est clair : toutes les activités sédentaires ne se valent pas lorsqu’il s’agit de préserver les fonctions cognitives, notamment chez les adultes d’âge moyen et les personnes âgées.

Les chercheurs ont analysé des dizaines d’études internationales portant sur des populations de plus de 45 ans afin de comprendre comment différentes activités réalisées en position assise influencent la mémoire, l’attention, les fonctions exécutives ou la vitesse de traitement de l’information. Leur conclusion rompt avec une idée reçue largement répandue : ce n’est pas tant le fait d’être assis qui pose problème, mais la nature de l’activité pratiquée.

Le constat est sans appel pour les activités dites « passives ». Le temps passé devant la télévision apparaît de manière récurrente associé à des performances cognitives plus faibles. Dans une majorité des études examinées, une consommation élevée de télévision est corrélée à une baisse de certaines capacités mentales, en particulier la mémoire et l’attention. Cette association persistante renforce l’hypothèse selon laquelle une stimulation cognitive minimale, prolongée dans le temps, pourrait contribuer à un déclin progressif des fonctions cérébrales.

À l’inverse, les activités sédentaires qui sollicitent activement le cerveau dressent un tableau bien différent. Lire, écrire, utiliser un ordinateur, jouer à des jeux de réflexion ou s’adonner à des activités intellectuelles structurées ne sont que rarement associées à des effets négatifs sur la cognition. Dans certains cas, ces pratiques sont même liées à de meilleures performances cognitives, suggérant un effet protecteur à long terme.

Cette distinction est essentielle. Elle montre que la sédentarité n’est pas un comportement homogène, mais un ensemble de pratiques aux impacts très différents sur la santé cérébrale. Regarder passivement des contenus pendant de longues heures n’équivaut pas, sur le plan cognitif, à lire un livre, apprendre une langue ou résoudre des problèmes, même si ces activités se font toutes en position assise.

Les auteurs soulignent toutefois que la majorité des études analysées restent observationnelles. Elles montrent des associations, mais ne permettent pas toujours d’établir un lien de causalité direct. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour comprendre les mécanismes précis en jeu, notamment le rôle de la stimulation mentale, de l’engagement attentionnel et des interactions sociales indirectes liées à certaines activités.

Néanmoins, le message de santé publique est déjà limpide. À mesure que l’espérance de vie s’allonge et que les modes de vie deviennent plus sédentaires, la qualité du temps passé assis devient un enjeu majeur de prévention du déclin cognitif. Réduire le temps passé devant la télévision, varier les activités quotidiennes et privilégier des loisirs intellectuellement stimulants pourrait constituer un levier simple, accessible et efficace pour préserver la santé du cerveau.

En filigrane, cette étude invite à revoir notre rapport au temps libre. Elle rappelle que rester actif ne signifie pas uniquement bouger davantage, mais aussi penser, apprendre et stimuler son esprit, quel que soit l’âge. Une nuance précieuse à l’heure où la prévention du vieillissement cognitif devient un défi majeur de santé publique.

Ouiza Lataman

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