L’Institut National de Santé Publique (INSP) a publié sur son site officiel son rapport annuel 2025 consacré à la situation épidémiologique des accidents domestiques chez les enfants âgés de 0 à 15 ans. Ce document met en lumière l’ampleur d’un phénomène qui constitue un véritable enjeu de santé publique en Algérie, tant par son incidence élevée que par ses conséquences médicales et sociales.
Selon les données collectées auprès des structures sanitaires à travers le territoire national, 501 121 accidents domestiques ont été enregistrés durant l’année 2025 chez les enfants de cette tranche d’âge. L’incidence globale est estimée à 3 564 cas pour 100 000 enfants, ce qui confirme le poids important de ces événements dans la morbidité infantile.
Les plus jeunes particulièrement exposés
L’analyse par âge révèle que les enfants de 0 à 4 ans représentent la catégorie la plus exposée aux accidents domestiques, avec 36,45 % des cas, suivis par les enfants de 10 à 15 ans (34,99 %) et ceux de 5 à 9 ans (28,56 %). Cette vulnérabilité des plus jeunes s’explique notamment par leur curiosité naturelle, leur phase d’exploration et leur incapacité à évaluer correctement les dangers présents dans l’environnement domestique.
Le rapport souligne également une prédominance masculine nette, avec un sex-ratio de 1,3 en faveur des garçons. L’incidence atteint 3 981 cas pour 100 000 garçons, contre 3 123 cas pour 100 000 filles, une différence statistiquement significative.
Les chutes largement en tête des accidents
Concernant la nature des accidents, les chutes constituent de loin la première cause, représentant 42,19 % des cas, soit plus de 211 000 incidents. Elles sont suivies par les blessures (29,96 %) et les brûlures cutanées (8 %). Les accidents liés à l’introduction de corps étrangers dans les voies respiratoires ou digestives, ainsi que les intoxications par produits toxiques ou caustiques, représentent des proportions plus faibles mais restent préoccupants en raison de leur gravité potentielle.
Chez les enfants de moins de 5 ans, les chutes atteignent même 46,1 % des accidents, confirmant la nécessité d’une vigilance accrue dans cette tranche d’âge.
Une incidence qui augmente avec l’âge
Le rapport met en évidence une tendance à l’augmentation de l’incidence avec l’âge de l’enfant. Ainsi, le taux atteint 4 047 cas pour 100 000 enfants chez les 10-15 ans, contre 3 874 cas pour 100 000 chez les 0-4 ans. Cette évolution pourrait être liée à une plus grande mobilité, à la pratique d’activités physiques ou à une exposition accrue à des environnements à risque.
Sur le long terme, l’évolution entre 2010 et 2025 montre une baisse jusqu’en 2014, suivie d’une phase de stabilisation relative à partir de 2016, avant une remontée progressive ces dernières années.
Un enjeu majeur de prévention
Les accidents domestiques surviennent principalement dans les différents espaces du domicile — cuisine, salle de bain, escaliers, cour ou jardin — et peuvent entraîner des blessures graves, des handicaps permanents, voire des décès. Au-delà de l’impact sanitaire, ils représentent également une charge émotionnelle et économique importante pour les familles.
L’INSP insiste sur la nécessité d’une approche multidimensionnelle combinant prévention passive (sécurisation du domicile, normes de sécurité, réglementation) et prévention active (éducation des parents, sensibilisation et campagnes d’information). La vigilance des adultes, notamment pour les jeunes enfants, demeure le facteur clé pour réduire ces risques.
Ce rapport rappelle ainsi que la majorité des accidents domestiques peuvent être évités grâce à des mesures simples de sécurité et à une meilleure sensibilisation des familles, faisant de la prévention un levier essentiel pour protéger la santé des enfants en Algérie.
Nora S.
