Les progrès réalisés dans le traitement du cancer du sein ont profondément amélioré la survie. Mais à mesure que les patientes vivent plus longtemps après la maladie, une autre question prend de l’importance : celle de leur santé cardiovasculaire. Chez certaines femmes, les complications cardiaques liées aux traitements ou aux facteurs de risque déjà présents peuvent peser durablement sur la qualité de vie et le pronostic.
C’est ce que souligne une revue publiée dans JAMA Cardiology, qui fait le point sur les liens entre cancer du sein, traitements anticancéreux et maladies cardiovasculaires. Le message central est clair : la surveillance du cœur ne doit pas commencer seulement lorsqu’un problème apparaît, mais s’intégrer dès le départ dans la prise en charge globale de certaines patientes.
Parmi les traitements les plus connus pour leurs effets potentiels sur le cœur figurent les anthracyclines et le trastuzumab. Ces médicaments ont largement contribué à améliorer le pronostic de nombreux cancers du sein, mais ils peuvent, chez certaines patientes, altérer la fonction du muscle cardiaque et augmenter le risque d’insuffisance cardiaque. Ce risque varie selon les doses reçues, l’âge, les antécédents cardiovasculaires et la présence de facteurs comme l’hypertension artérielle, le diabète, l’obésité ou un taux élevé de cholestérol.
Les traitements plus récents ne sont pas totalement exempts d’effets cardiovasculaires. Certaines immunothérapies peuvent, dans de rares cas, provoquer une myocardite, une inflammation du muscle cardiaque potentiellement grave. D’autres traitements peuvent favoriser l’hypertension ou aggraver des fragilités déjà présentes avant le diagnostic du cancer.
L’enjeu dépasse cependant la période des traitements. Avec l’amélioration de la survie, de nombreuses femmes vivent plusieurs années, voire plusieurs décennies, après un cancer du sein. Dans ce contexte, les maladies cardiovasculaires peuvent progressivement devenir une composante majeure de leur santé à long terme, notamment chez celles qui présentent déjà plusieurs facteurs de risque.
Cancer du sein et maladies cardiovasculaires partagent d’ailleurs certains déterminants, comme le tabagisme, le surpoids, la sédentarité, le diabète ou encore la consommation excessive d’alcool. La prévention ne consiste donc pas seulement à surveiller les effets directs des médicaments anticancéreux, mais aussi à agir sur ces facteurs modifiables tout au long du parcours de soins.
Cette évolution explique l’essor de la cardio-oncologie, une discipline située à l’interface entre cardiologie et oncologie. Son objectif est d’identifier les patientes les plus exposées, de prévenir autant que possible les complications cardiovasculaires et d’adapter la surveillance sans compromettre l’efficacité du traitement anticancéreux.
La question devient particulièrement importante chez les femmes plus jeunes, qui peuvent vivre plusieurs décennies après leur diagnostic. Pour elles, les effets tardifs des traitements et l’évolution des facteurs de risque cardiovasculaire doivent être pensés sur le long terme, bien au-delà de la fin de la chimiothérapie ou de la radiothérapie.
Le message n’est pas de susciter une inquiétude supplémentaire autour des traitements contre le cancer du sein. Leurs bénéfices restent majeurs, et les complications cardiovasculaires restent globalement limitées. Mais leur existence justifie une approche plus complète, fondée sur l’évaluation du risque cardiovasculaire, le contrôle de la tension artérielle, du cholestérol, du diabète et du poids, ainsi que sur une surveillance adaptée aux traitements reçus.
À mesure que la prise en charge du cancer du sein progresse, la définition même du succès thérapeutique évolue. Il ne s’agit plus seulement de traiter la tumeur et d’éviter la récidive, mais aussi de préserver la santé à long terme. Pour un nombre croissant de patientes, protéger le cœur devient ainsi une dimension à part entière de l’après-cancer.
Amina Azoune