Cancer du sein : des cellules « dormantes » pourraient aider la tumeur à résister

Certaines cellules du cancer du sein pourraient temporairement cesser de se multiplier et se maintenir dans des zones protectrices de la tumeur. Une étude publiée dans la revue Genome Medicine apporte un nouvel éclairage sur ces cellules discrètes, susceptibles de jouer un rôle dans la résistance aux traitements et, à plus long terme, dans les rechutes.

Le cancer n’est pas une masse uniforme composée de cellules qui se multiplient toutes au même rythme. À l’intérieur d’une même tumeur, certaines prolifèrent activement tandis que d’autres ralentissent fortement leur activité, voire interrompent temporairement leur division. Cette capacité à se mettre en quelque sorte « en sommeil » intéresse particulièrement les chercheurs, car elle pourrait permettre à certaines cellules cancéreuses de survivre dans des conditions défavorables.

Une équipe de chercheurs s’est penchée sur ce phénomène dans le cancer du sein en combinant plusieurs techniques avancées d’analyse moléculaire. Leur objectif était de comprendre non seulement quelles cellules entrent dans cet état de faible activité, mais également où elles se trouvent à l’intérieur de la tumeur et avec quelles autres cellules elles interagissent.

Les scientifiques ont identifié une population de cellules cancéreuses présentant les caractéristiques d’un état appelé G0. Dans cette phase, la cellule quitte temporairement son cycle habituel de division. Elle reste vivante, mais ne prolifère plus activement. Cet état n’est pas nécessairement définitif : la cellule peut, dans certaines circonstances, recommencer ensuite à se multiplier.

Cette particularité pourrait avoir une importance majeure face aux traitements. De nombreuses thérapeutiques anticancéreuses sont particulièrement efficaces contre les cellules qui se divisent rapidement. Une cellule qui cesse temporairement de proliférer peut donc devenir moins vulnérable à certains traitements, ce qui lui permettrait éventuellement de persister dans l’organisme.

L’un des résultats les plus intéressants de l’étude est que ces cellules « dormantes » ne semblent pas réparties au hasard. Elles se concentrent dans des zones particulières de la tumeur, au contact notamment de certaines cellules du système immunitaire et de fibroblastes, des cellules qui participent à l’organisation des tissus.

Les chercheurs décrivent ainsi de véritables niches biologiques susceptibles de favoriser la survie de ces cellules cancéreuses peu actives. Certaines populations de macrophages, des cellules normalement impliquées dans les défenses immunitaires, ainsi que des fibroblastes associés au cancer semblent particulièrement présentes autour d’elles. Des mécanismes inflammatoires pourraient également intervenir dans le maintien de cet environnement protecteur.

À l’inverse, les zones où les cellules cancéreuses se multiplient activement présentent un environnement différent. Cette observation renforce l’idée qu’une tumeur doit être considérée comme un écosystème complexe, composé de plusieurs populations cellulaires qui ne se comportent pas de la même manière et ne répondent pas nécessairement de façon identique aux traitements.

Cette diversité constitue l’un des grands défis de la cancérologie. Un traitement peut éliminer efficacement une grande partie des cellules tumorales tout en laissant subsister une petite population plus résistante. Si certaines de ces cellules sont capables de rester longtemps dans un état peu actif avant de reprendre leur prolifération, elles pourraient contribuer à expliquer pourquoi certains cancers réapparaissent après une période de rémission.

L’étude ne permet cependant pas d’affirmer que les cellules observées sont directement responsables des rechutes chez les patientes. Elle ne débouche pas non plus, à ce stade, sur un nouveau traitement. Il s’agit avant tout d’un travail de recherche destiné à mieux comprendre l’organisation interne des tumeurs et les mécanismes qui permettent à certaines cellules d’échapper aux contraintes auxquelles elles sont confrontées.

Mais cette piste pourrait avoir des implications importantes à plus long terme. Si les chercheurs parviennent à mieux identifier les signaux qui maintiennent ces cellules dans leurs niches protectrices, de nouvelles stratégies pourraient être envisagées pour les rendre plus vulnérables ou empêcher leur réveil.

La lutte contre le cancer pourrait ainsi nécessiter de cibler non seulement les cellules qui prolifèrent rapidement, mais aussi celles qui ont appris à survivre en restant silencieuses.

Amina Azoune