Assises nationales de lutte et de prévention contre le cancer: Mobilisation pour une stratégie nationale de prévention et de soins

Plus de 600 participants se sont réunis à Alger à l’occasion des Assises nationales de lutte et de prévention contre le cancer, tenues sous le haut patronage du Président de la République, M Abdelmadjid Tebboune.
Médecins, chercheurs, représentants institutionnels et membres de la société civile ont pris part à cet événement majeur pour dresser un état des lieux et débattre des enjeux de santé publique et proposer des stratégies d’action.
Au micro d’Esseha, le Pr Kamel Sanhadji, président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, a insisté sur le rôle primordial de la prévention : « La meilleure façon de lutter contre le cancer, c’est la prévention. Aucun budget ne suffira à vaincre le cancer car, à ce jour, c’est encore un échec de la médecine. Il faut agir en amont, sur des déterminants tels que le tabac, la pollution, l’alimentation. Pour chaque facteur, nous devons identifier des comportements de prévention, en nous appuyant sur des données chiffrées et des recommandations pratiques ».
Le Pr Amar Tebaïbia, chef de service de médecine interne à l’hôpital de Birtraria, a abondé dans le même sens, estimant que « la prévention est simple dans les discours, mais difficile à appliquer. Le tabac, la sédentarité, la malbouffe sont des facteurs qu’on connaît bien, mais qui restent peu maîtrisés dans notre société. Moins de cancers, c’est aussi moins de frais pour l’Etat, et une meilleure qualité de prise en charge pour les patients atteints ». Il a également évoqué le cancer du foie dont certaines causes sont connues : « Il est lié aux hépatites B et C mais aussi à la stéatose hépatique, qu’on peut prévenir par une alimentation saine et équilibrée ainsi qu’une activité physique régulière ».
Le Pr Dalila Tagzout, gastro-entérologue, a quant à elle, alerté sur l’augmentation continue des cas : « Le cancer est devenu une maladie fréquente, presque comme une grippe. En Algérie, le cancer du côlon est désormais le plus fréquent, et cela est directement lié à notre mode de vie. Il est urgent de revoir nos habitudes alimentaires et promouvoir l’activité physique, mais aussi de renforcer le dépistage précoce ».
Le volet psychologique n’a pas été oublié. Le Pr Abdelkrim Messaoudi, chef de service de psychiatrie à l’hôpital de Cheraga, a rappelé que « le cancer est une pathologie au carrefour de toutes les disciplines. Dès l’annonce du diagnostic, un accompagnement psychologique est nécessaire. On rencontre souvent des troubles comme la dépression ou certains troubles anxieux. Il faut une prise en charge pluridisciplinaire pour améliorer le confort des patients et la qualité des soins ».
Sur le terrain chirurgical, le Pr Boubnider a insisté sur la nécessité d’harmoniser les pratiques : « Il y a une grande disparité dans la prise en charge du cancer du sein et des cancers gynécologiques. Lors des ateliers, nous allons aborder la formation des chirurgiens, les obstacles identifiés et les critères de qualité à mettre en place. L’objectif est de proposer des recommandations concrètes pour unifier les soins à l’échelle nationale ».
Concernant les cancers gynécologiques, le Pr Chems-Eddine Chekman, chef de service à la clinique Debussy à Alger, a souligné que « le cancer de l’ovaire qui occupe la 4e position est difficile à détecter tôt, car il n’existe pas de dépistage efficace à ce jour. A l’inverse, le cancer du col de l’utérus fait partie des cancers évitables. La question de la vaccination va occuper une place importante dans nos débats ». Sur ce même sujet, le Pr Rachid Nebab, chef de service épidémiologie au CHU de Beni Messous, a précisé que son atelier portera sur la prévention, en lien direct avec la vaccinologie dans le cas du cancer du col de l’utérus et les approches d’immunisation contre les cancers évitables.
Le Pr Keltoum Messahli, chef de service de médecine légale au CHU de Blida, a fait savoir que son intervention lors de ces assises va porter sur les questions éthiques qui accompagnent la prise en charge du cancer : « Il y a des conflits éthiques qu’il faut apprendre à gérer : confidentialité, secret professionnel, relation de confiance…ces dimensions prennent tout leur sens dans un parcours de soin aussi sensible. Mon intervention porte aussi sur l’éthique en recherche clinique afin de formuler des recommandations ».
Enfin, le Pr Eric Van Cutsem, oncologue digestif venu de Bruxelles, a salué l’organisation de ces assises : « On sent une volonté réelle en Algérie de structurer la lutte contre le cancer avec un nouveau plan intégré. Il est fondamental d’inclure tous les acteurs : médecins, patients, responsables politiques, mais aussi la coopération internationale. Il faut partir de la prévention primaire, renforcer le dépistage, faciliter l’accès aux nouveaux traitements et ne pas oublier les soins palliatifs. L’enjeu, c’est une meilleure organisation pour répondre à une problématique de santé publique ».
Hassina Amrouni