Bronzage: Des spécialistes alertent sur le faux sentiment de sécurité lié aux crèmes solaires

Beaucoup pensent qu’une crème solaire à indice SPF 50 permet de profiter du soleil sans véritable risque. Pourtant, des dermatologues et des oncologues européens mettent en garde contre cette idée reçue, confortés par les conclusions d’une étude publiée dans la revue scientifique Cancers.
Les chercheurs y décrivent ce qu’ils appellent « le paradoxe de la protection solaire ». Selon eux, les personnes qui se sentent très bien protégées ont souvent tendance à prolonger leur exposition au soleil. Résultat : malgré l’utilisation d’une crème à haute protection, la quantité totale d’ultraviolets reçue par la peau augmente, avec les conséquences que cela peut entraîner.
Pour Angela Florez, dermatologue et coordinatrice de la campagne Euromelanoma de la Fondation Piel Sana de l’AEDV, le problème commence dès que l’on considère le bronzage comme objectif. Elle rappelle qu’il n’existe pas de bronzage bénéfique pour la peau. De son côté, l’oncologue Eva Munoz Couselo, du centre hospitalier Vall d’Hebron et membre de la SEOM, insiste sur le fait que le hâle n’est pas un signe de bonne santé. Il traduit avant tout une réaction de défense de l’organisme face à une agression provoquée par les rayons ultraviolets.
Concrètement, lorsque les UVA et les UVB atteignent l’épiderme, les mélanocytes produisent davantage de mélanine afin de limiter une partie des dégâts. Ce pigment assombrit la peau mais il ne bloque pas totalement les rayonnements. Les dommages infligés aux cellules peuvent ainsi s’accumuler au fil des expositions. Si les mécanismes de réparation deviennent insuffisants, certaines altérations de l’ADN peuvent favoriser l’apparition d’un mélanome.
Les spécialistes rappellent que la couleur de la peau ne protège pas complètement. Les peaux claires sont plus sujettes aux coups de soleil, tandis que les peaux plus foncées disposent d’une protection naturelle plus importante. Dans tous les cas, les ultraviolets peuvent provoquer des lésions et accroître le risque de cancer cutané.
Les experts regrettent enfin que plusieurs croyances continuent de circuler. Penser qu’un bronzage progressif immunise la peau ou qu’une seule brûlure solaire est sans conséquence est trompeur. Les effets du soleil s’additionnent au fil des années et une partie importante de notre capital soleil est consommé avant l’âge de 20 ans.
La meilleure stratégie consiste donc à limiter les expositions aux heures où le soleil est le plus intense (entre 12h et 16h), à rechercher l’ombre, à porter des vêtements couvrants, un chapeau à larges bords et des lunettes de soleil, tout en appliquant généreusement et régulièrement une crème solaire SPF 50. Cette dernière est un allié mais elle ne doit jamais être considérée comme un passeport pour passer plus de temps au soleil.
Hassina Amrouni