Les progrès thérapeutiques permettent à un nombre croissant de femmes de vivre longtemps après un cancer du sein. Mais cette évolution fait apparaître un autre enjeu médical : préserver leur santé cardiovasculaire. Certains traitements anticancéreux peuvent en effet fragiliser le muscle cardiaque ou favoriser des complications parfois tardives. Une synthèse scientifique publiée dans la revue JAMA Cardiology souligne l’importance d’intégrer la prévention et la surveillance cardiaques dans le parcours de soins, dès le diagnostic et, lorsque cela est nécessaire, après la fin des traitements.
Guérir d’un cancer du sein ne signifie pas toujours que toute surveillance médicale devient inutile. Si le suivi oncologique reste indispensable pour détecter une éventuelle récidive, les spécialistes attirent désormais davantage l’attention sur les conséquences cardiovasculaires possibles des traitements. Certaines patientes peuvent développer des troubles cardiaques pendant leur prise en charge, tandis que d’autres ne présentent des complications que plusieurs années plus tard.
Cette question prend une importance croissante avec l’amélioration de la survie. Dans une revue scientifique publiée le 29 juillet 2026, des chercheurs américains rappellent que les maladies cardiovasculaires peuvent, chez certaines femmes ayant survécu longtemps à un cancer du sein, représenter une menace pour leur santé plus importante que le cancer lui-même. Cette observation ne concerne toutefois pas toutes les patientes et dépend notamment de leur âge, des traitements reçus et de leurs facteurs de risque personnels.
Les traitements ne présentent pas tous les mêmes effets sur le cœur. Certaines chimiothérapies, notamment celles appartenant à la famille des anthracyclines, peuvent altérer la capacité du muscle cardiaque à pomper le sang. Des thérapies ciblant la protéine HER2 peuvent également entraîner, chez certaines patientes, une diminution de la fonction cardiaque. La radiothérapie, selon la zone traitée et la dose reçue par le cœur, peut aussi contribuer à des complications cardiovasculaires à long terme.
Ces risques sont connus des équipes médicales et font déjà l’objet de mesures de prévention et de surveillance. Leur existence ne signifie pas que les traitements doivent être évités : leurs bénéfices contre le cancer restent déterminants lorsque leur indication est appropriée. L’enjeu consiste plutôt à identifier les patientes les plus vulnérables et à adapter leur suivi.
Les femmes présentant une hypertension artérielle, un diabète, un excès de cholestérol ou des antécédents de maladie cardiaque nécessitent une attention particulière. L’âge, le tabagisme, la nature des médicaments administrés et les doses cumulées peuvent également influencer le risque. Une évaluation cardiovasculaire avant certains traitements permet ainsi de mieux anticiper les complications éventuelles.
Selon les situations, cette surveillance peut comprendre une échographie cardiaque, des analyses sanguines ou des consultations spécialisées. Sa fréquence doit être déterminée individuellement, car toutes les femmes traitées pour un cancer du sein n’ont pas besoin des mêmes examens ni d’un suivi cardiologique prolongé.
Les spécialistes recommandent également de ne pas négliger certains symptômes, notamment un essoufflement inhabituel, une fatigue qui s’aggrave, des palpitations ou un gonflement des jambes. Ces manifestations ne traduisent pas nécessairement une maladie cardiaque, mais elles justifient une évaluation médicale, particulièrement lorsqu’elles apparaissent pendant ou après un traitement susceptible d’affecter le cœur.
Cette attention portée aux complications cardiovasculaires a favorisé le développement de la cardio-oncologie, une discipline associant cardiologues et cancérologues pour prévenir, détecter et prendre en charge les effets cardiaques des traitements anticancéreux.
La prévention repose aussi sur la maîtrise des facteurs de risque habituels, notamment la tension artérielle, le diabète et le tabagisme, ainsi que sur une activité physique adaptée à l’état de santé. Pour les femmes ayant terminé leurs traitements, connaître les médicaments reçus et conserver leur dossier médical peut faciliter l’organisation d’un suivi approprié.
La question n’est donc pas d’opposer la protection du cœur au traitement du cancer du sein, mais de faire en sorte que les progrès obtenus contre la maladie s’accompagnent d’une meilleure santé à long terme. Car préserver les chances de guérison implique aussi de prendre en compte les conséquences possibles des traitements, sans susciter d’inquiétude injustifiée chez les patientes.
Ouiza Lataman