Une vaste étude menée sur plus de 43 000 patients confirme que le cancer du sein hormonodépendant et HER2 négatif présente globalement un pronostic favorable lorsqu’il est découvert tôt. Mais elle montre surtout combien les perspectives se dégradent lorsque la maladie est diagnostiquée à un stade plus avancé.
Dans le cancer du sein, quelques stades d’écart au moment du diagnostic peuvent profondément modifier le pronostic. C’est ce que montre une vaste étude fondée sur les données de 43 214 patients atteints d’un cancer du sein hormonodépendant et HER2 négatif, la forme la plus fréquente de la maladie.
Les résultats sont globalement rassurants. Cinq ans après l’intervention chirurgicale, la probabilité de rester en vie sans récidive invasive, sans nouveau cancer invasif et sans décès était estimée à 82,9 %. Mais cette moyenne masque des écarts importants.
Chez les patients diagnostiqués au stade I, cette proportion atteignait 89,4 %. Elle tombait à 61,9 % lorsque la maladie était déjà au stade III. L’atteinte des ganglions lymphatiques pesait également lourd sur l’évolution : en l’absence d’envahissement ganglionnaire, la proportion atteignait 86,1 %, contre 59,7 % lorsque plusieurs ganglions étaient touchés.
L’étude, publiée dans ESMO Real World Data and Digital Oncology, s’appuie sur huit registres de cancers couvrant une large partie de la population allemande. Son intérêt tient surtout au fait qu’elle repose sur des données issues de la pratique courante et non uniquement sur des patients sélectionnés dans le cadre d’essais cliniques.
Au total, 5 635 événements ont été enregistrés durant le suivi. Une récidive du cancer du sein a été le premier événement observé chez 2 142 patients, tandis que 1 415 ont développé un autre cancer invasif. Plus de 2 000 décès ont également été recensés sans récidive ou nouveau cancer préalablement documenté.
Les chercheurs confirment par ailleurs que la taille de la tumeur, son grade et l’atteinte ganglionnaire restent parmi les principaux éléments associés à un risque plus élevé d’évolution défavorable.
Ces données ne permettent toutefois pas de parler de guérison au sens strict. Le critère utilisé dans l’étude prend en compte plusieurs événements différents et le suivi médian restait inférieur à quatre ans. Or les cancers du sein hormonodépendants peuvent parfois récidiver tardivement, plusieurs années après la fin du traitement.
L’étude apporte néanmoins une photographie particulièrement large de l’évolution de cette forme de cancer du sein. Elle confirme surtout une donnée essentielle pour la prise en charge : plus la maladie est découverte tôt, plus les perspectives restent favorables. À l’inverse, l’extension aux ganglions et le passage à un stade plus avancé continuent de peser fortement sur le pronostic, malgré les progrès réalisés dans les traitements.
Amina Azoune