Cancer en Algérie : face à la hausse des cas, le système de soins change d’échelle

Avec plus de 56 000 nouveaux cas enregistrés en 2023 et une progression supérieure à 34 % en moins de dix ans, le cancer impose désormais à l’Algérie un changement d’échelle dans l’organisation des soins. L’enjeu n’est plus seulement d’ouvrir de nouveaux centres ou d’acquérir des équipements, mais de savoir si le système de santé pourra suivre durablement l’augmentation des besoins, réduire les délais de prise en charge et garantir à chaque patient un parcours thérapeutique sans rupture.

C’est dans ce contexte que s’est ouvert, mardi 22 septembre à Alger, le deuxième Congrès international du patient atteint de cancer, organisé par la Fédération algérienne des associations de malades du cancer en collaboration avec le ministère de la Santé. Placée sous le thème « Le patient au cœur d’une approche nationale globale de lutte contre le cancer », la rencontre a réuni responsables publics, spécialistes, associations de patients et représentants d’organisations internationales.

Dans son intervention, le ministre de la Santé, le professeur Mohamed Seddik Aït Messaoudene, a présenté une série d’indicateurs qui donnent la mesure des investissements engagés, mais aussi de la pression croissante qui s’exerce sur le dispositif national de prise en charge. L’Algérie compte aujourd’hui 15 centres de lutte contre le cancer, 24 centres de radiothérapie et 61 accélérateurs linéaires, tandis qu’un programme prévoit l’ouverture de 25 nouveaux services de radiothérapie et l’acquisition de 16 accélérateurs supplémentaires à l’horizon 2028.

Cette extension des capacités est stratégique, mais la disponibilité d’un équipement ne représente qu’une partie de l’équation. Sa répartition géographique, son niveau réel de fonctionnement, sa maintenance, les ressources humaines nécessaires à son exploitation et surtout les délais d’accès au traitement déterminent directement son impact sur les patients. C’est précisément sur ce terrain que les pouvoirs publics veulent renforcer le suivi, avec notamment une plateforme numérique consacrée à la maintenance et à la disponibilité des équipements de santé, censée permettre de suivre les pannes, les délais d’attente et les taux de disponibilité des appareils.

Le chantier concerne également les traitements. Cinquante-deux thérapies innovantes ont, selon le ministre, été intégrées à l’arsenal thérapeutique national, notamment dans les domaines des thérapies ciblées et de l’immunothérapie. Un PET Scan doit également entrer en service à Tizi Ouzou avant la fin de l’année, après son redéploiement vers une structure jugée plus adaptée. Mais l’accès aux innovations thérapeutiques ne règle pas à lui seul la question de la continuité des soins, car une rupture d’approvisionnement en médicaments ou un retard dans une séance de radiothérapie peut perturber l’ensemble d’un protocole thérapeutique. Le ministère affirme ainsi renforcer les mécanismes de suivi des stocks, de coordination et d’anticipation des besoins afin de limiter les tensions d’approvisionnement.

L’effort financier annoncé est lui aussi important. Plus de 73 milliards de dinars ont été affectés au Fonds de lutte contre le cancer dans le cadre de l’initiative nationale dédiée à cette maladie, tandis que ce fonds doit être abondé chaque année à hauteur de 40 milliards de dinars, auxquels s’ajoutent les crédits inscrits au budget de l’État. Pour 2026, 40 milliards de dinars ont été réservés à la prise en charge des médicaments anticancéreux.

Derrière ces montants se pose désormais la question de leur traduction concrète dans le parcours du malade. La performance d’une politique de lutte contre le cancer ne se mesure pas uniquement au nombre d’équipements achetés ou aux enveloppes budgétaires mobilisées, mais aussi au délai entre la suspicion et le diagnostic, au temps d’attente avant le début d’un traitement, à la disponibilité des médicaments et à la possibilité pour les patients d’être soignés sans devoir parcourir de longues distances.

La stratégie nationale de prévention et de lutte contre le cancer 2025-2035 entend justement élargir l’approche au-delà du seul traitement en intégrant la prévention, le dépistage précoce, le diagnostic, la recherche, l’innovation et l’organisation du parcours de soins. La numérisation doit également jouer un rôle important, puisque la généralisation annoncée du dossier médical électronique et la numérisation des rendez-vous, notamment en radiothérapie, devraient permettre de mieux connaître le nombre de patients, d’anticiper les besoins et de suivre plus finement les délais de prise en charge.

Le ministère veut par ailleurs associer davantage les organisations de patients à l’évaluation du dispositif. La Fédération algérienne des associations de malades du cancer participe ainsi à la commission sectorielle de coordination chargée de la prise en charge de la maladie, une implication qui peut apporter un regard concret sur les difficultés rencontrées au quotidien, qu’il s’agisse des retards, des déplacements, des ruptures de traitement ou des problèmes d’orientation.

Face à une incidence du cancer en nette progression, l’Algérie semble ainsi entrer dans une phase où l’augmentation des moyens devra être jugée à l’aune des résultats obtenus. Les prochaines années permettront surtout de mesurer si l’extension des capacités, les nouveaux traitements, la numérisation et les financements supplémentaires se traduisent par une amélioration perceptible du parcours des malades, notamment par une réduction du temps qui sépare le diagnostic du début effectif du traitement.

Amina Azoune