Climat et santé : l’Algérie cherche à anticiper les crises avant qu’elles n’atteignent les hôpitaux

Vagues de chaleur, sécheresses, incendies, inondations et pollution de l’air ne relèvent plus seulement de la gestion environnementale. Leurs effets se font désormais sentir sur la santé des populations et sur la capacité des structures de soins à absorber les périodes de forte tension. C’est dans cette perspective que les autorités sanitaires algériennes veulent renforcer les mécanismes de prévention, de surveillance et surtout d’anticipation.

Cette orientation a été mise en avant jeudi 24 septembre à Ben Aknoun, lors d’une journée d’étude consacrée aux liens entre santé et changements climatiques. La rencontre, organisée en présence de responsables institutionnels et d’un représentant de l’Organisation mondiale de la santé, a placé au centre des débats une évolution désormais largement admise : le changement climatique constitue aussi un enjeu sanitaire, avec des conséquences directes et indirectes sur la population.

Le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Mesouden, a notamment évoqué l’augmentation des températures, les vagues de chaleur, les périodes de sécheresse, les incendies de forêt et les inondations, autant de phénomènes susceptibles d’accroître les risques liés à la chaleur, d’aggraver certaines maladies cardiovasculaires ou respiratoires, d’accentuer les effets de la pollution atmosphérique et de peser sur les ressources en eau et en alimentation.

Ces transformations peuvent également modifier les conditions favorables à la circulation de certaines maladies infectieuses ou à la présence de vecteurs comme les moustiques ou les tiques. Les effets ne sont toutefois pas identiques pour tous. Les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes souffrant de maladies chroniques figurent parmi les catégories les plus vulnérables lors des épisodes climatiques extrêmes.

Face à cette évolution, le ministère de la Santé affirme vouloir dépasser une logique essentiellement fondée sur la réponse à l’urgence. L’objectif affiché est de renforcer la veille, d’identifier plus tôt les zones et les populations à risque et de mieux préparer les établissements de santé afin de garantir la continuité des soins lorsqu’une situation climatique exceptionnelle survient.

Cette volonté d’anticipation doit notamment s’appuyer sur un projet de convention entre le ministère de la Santé, l’Agence nationale de sécurité sanitaire et l’Agence spatiale algérienne. L’utilisation d’images satellitaires, de techniques de télédétection et de systèmes d’information géographique devrait permettre de mieux suivre certains facteurs environnementaux, de repérer les territoires les plus exposés et d’améliorer les mécanismes d’alerte précoce.

L’intérêt de cette démarche ne se limite pas à l’usage de nouvelles technologies. Le croisement des données sanitaires et environnementales pourrait aussi aider à mieux comprendre les disparités entre les régions, à établir des cartes de vulnérabilité plus précises et à orienter plus efficacement les moyens humains, les équipements et les ressources médicales vers les zones où les risques sont les plus élevés.

Pour être efficace, cette stratégie suppose cependant que les données circulent réellement entre les différentes institutions concernées et qu’elles puissent déboucher rapidement sur des décisions opérationnelles. Une alerte précoce n’a d’utilité que si elle permet, en amont, de renforcer les capacités d’accueil des structures de santé, de protéger les populations les plus fragiles et d’adapter les dispositifs locaux avant que la situation ne se dégrade.

Le rapprochement entre santé et environnement est également appelé à s’élargir à d’autres domaines, notamment la qualité de l’air, les substances dangereuses, la protection des ressources naturelles et les facteurs environnementaux associés à certaines maladies chroniques. Le ministère de l’Environnement est d’ailleurs associé à la stratégie nationale de prévention et de lutte contre le cancer 2025-2035, en raison du rôle que peuvent jouer certaines expositions environnementales dans l’apparition de facteurs de risque évitables.

La gestion sanitaire des conséquences du changement climatique ne peut cependant relever du seul secteur de la santé. Elle implique également les collectivités locales, les institutions scientifiques, les organismes chargés de la surveillance environnementale et les différentes structures mobilisées dans la prévention et la gestion des situations exceptionnelles.

Des mécanismes de coordination existent déjà, notamment à travers une commission multisectorielle au niveau du Premier ministère et des cellules de crise mises en place dans les wilayas pour centraliser les informations, évaluer les situations et coordonner les interventions. Leur efficacité dépendra toutefois de leur capacité à fonctionner de manière rapide et coordonnée lorsque les risques seront réellement présents sur le terrain.

L’enjeu ne réside donc plus seulement dans la gestion des conséquences d’une canicule, d’un incendie ou d’une inondation une fois la crise installée. Il consiste désormais à identifier les risques en amont, à repérer les populations les plus exposées et à mobiliser les moyens nécessaires avant que l’événement climatique ne se transforme en urgence sanitaire.

Amina Azoune