Des chercheurs ont réussi à rendre de nouveau certaines cellules de la rétine sensibles à la lumière chez des animaux atteints de dégénérescence rétinienne. Publiée en juillet 2026 dans le Journal of the American Chemical Society, l’étude ouvre une piste originale, notamment parce que certaines molécules ont été administrées sous forme de gouttes oculaires.
Restaurer une partie de la vision sans implant ni thérapie génique : c’est la piste explorée par une équipe de chercheurs qui a mis au point des molécules capables de rendre certaines cellules de la rétine à nouveau sensibles à la lumière après la disparition des photorécepteurs.
Ces cellules, qui captent normalement la lumière, sont progressivement détruites dans plusieurs maladies de la rétine, notamment la rétinite pigmentaire. Mais même lorsqu’elles disparaissent, une partie des circuits nerveux chargés de transmettre l’information visuelle peut rester intacte.
Les chercheurs ont donc choisi de ne pas remplacer les photorécepteurs, mais de contourner leur perte. Les molécules développées, baptisées « prosthe6 », ciblent des cellules rétiniennes situées plus loin dans le circuit visuel et modifient leur activité en fonction de la lumière. L’objectif est de recréer artificiellement une partie du signal normalement produit par les photorécepteurs.
Les premiers essais ont été menés chez le poisson-zèbre et chez la souris. Chez des animaux aveugles, le traitement a permis de rétablir certains réflexes et comportements dépendant de la perception lumineuse. Les souris traitées ont notamment recommencé à éviter les zones éclairées, signe qu’elles pouvaient de nouveau distinguer la lumière de l’obscurité.
L’un des résultats les plus intéressants concerne deux molécules, prosthe6-12 et prosthe6-15. Leur effet a été observé non seulement après injection dans l’œil, mais aussi après administration sous forme de gouttes oculaires. Cette voie d’administration pourrait, si elle se révélait efficace chez l’être humain, être beaucoup moins invasive que certaines techniques actuellement à l’étude.
Autre particularité : les effets ont été obtenus avec des niveaux de lumière relativement ordinaires, comparables à ceux rencontrés dans la vie quotidienne, alors que certaines stratégies expérimentales de restauration visuelle nécessitent des sources lumineuses spécifiques ou très intenses.
Il reste toutefois un écart considérable entre ces résultats et un traitement disponible pour les patients. L’étude ne montre pas que les animaux ont retrouvé une vision normale, mais seulement certaines capacités liées à la perception de la lumière. La reconnaissance des formes, des couleurs ou des visages n’a pas été démontrée.
Les chercheurs devront également évaluer la toxicité de ces molécules, leur durée d’action, les doses nécessaires et leur efficacité à long terme avant d’envisager des essais chez l’être humain.
Cette étude récente, publiée le 15 juillet 2026, constitue donc avant tout une preuve de concept. Elle suggère qu’une rétine privée de ses photorécepteurs peut encore conserver des circuits capables d’être réactivés artificiellement. Une piste prometteuse pour certaines formes de cécité, mais qui reste, à ce stade, strictement expérimentale.
Ouiza Lataman