Cancer du sein : jusqu’à quand peut-on attendre avant l’opération ?

Après un diagnostic de cancer du sein, l’attente avant la chirurgie est souvent source d’inquiétude. Une vaste étude américaine portant sur plus d’un million de patients suggère que des délais prolongés sont associés à un risque plus élevé de découvrir, au moment de l’intervention, une maladie plus avancée que prévu, en particulier dans certaines formes agressives comme les cancers triple négatifs. Ces résultats ne signifient toutefois pas que quelques semaines nécessaires au bilan constituent en elles-mêmes une perte de chance.

Entre le diagnostic d’un cancer du sein et l’intervention chirurgicale, plusieurs semaines peuvent parfois s’écouler. Examens complémentaires, analyse précise de la tumeur, bilan d’extension, réunion multidisciplinaire ou préparation de l’opération sont autant d’étapes nécessaires avant de définir la meilleure stratégie thérapeutique. Mais pour les patientes, cette attente soulève souvent la même question : la tumeur peut-elle progresser pendant ce délai ?

Une étude publiée dans Annals of Surgical Oncology a tenté d’apporter des éléments de réponse en analysant les données de plus d’un million de personnes atteintes d’un cancer du sein non métastatique, diagnostiquées entre 2010 et 2020 et opérées en première intention. Le délai médian entre le diagnostic et l’intervention était d’environ 34 jours.

Les chercheurs ont observé qu’un allongement de ce délai était associé à une probabilité plus élevée de retrouver, lors de l’opération, une maladie plus avancée que celle estimée initialement. Pour chaque période supplémentaire de 30 jours, le risque de reclassification vers un stade supérieur augmentait d’environ 11 % pour certains cancers non invasifs, de 13 % pour les petites tumeurs invasives et de 18 % pour des tumeurs initialement plus volumineuses.

L’étude montre également que toutes les tumeurs ne semblent pas évoluer au même rythme. Les cancers triple négatifs, généralement considérés comme plus agressifs, étaient associés à une progression plus rapide que les cancers sensibles aux hormones ou certaines tumeurs HER2 positives. Les lésions déjà relativement volumineuses avaient elles aussi tendance à augmenter davantage avec le temps que les petites tumeurs, ce qui suggère que la notion de délai doit être appréciée en fonction du profil biologique et de la taille du cancer.

Ces résultats ne doivent cependant pas être interprétés comme la preuve qu’un report de quelques jours ou de quelques semaines entraîne automatiquement une aggravation de la maladie. L’étude est observationnelle et rétrospective : les chercheurs n’ont pas retardé volontairement les opérations, mais ont analysé des délais déjà observés dans la pratique courante. En outre, une différence entre le stade estimé avant l’intervention et celui constaté après la chirurgie peut aussi s’expliquer par les limites de l’imagerie ou de l’examen clinique, qui peuvent sous-estimer dès le départ la taille réelle de la tumeur ou une atteinte ganglionnaire.

Une partie du temps précédant l’intervention reste donc médicalement nécessaire. Il peut être indispensable de préciser le type de cancer, d’obtenir les résultats des marqueurs biologiques, de compléter l’imagerie ou de discuter le dossier en réunion multidisciplinaire. Dans certaines formes de cancer, notamment lorsqu’une tumeur est agressive ou volumineuse, la chirurgie n’est d’ailleurs pas toujours le premier traitement et une chimiothérapie ou une autre thérapie peut être proposée avant l’opération.

L’intérêt de cette étude réside surtout dans la distinction entre un délai médical utile et une attente évitable. Elle suggère que les reports prolongés, lorsqu’ils ne sont pas justifiés par la prise en charge, peuvent ne pas être anodins, en particulier chez les patientes présentant une tumeur plus agressive ou déjà importante au moment du diagnostic.

Après l’annonce d’un cancer du sein, l’objectif n’est donc pas d’opérer dans la précipitation, mais d’organiser rapidement et correctement la prise en charge. Le délai optimal dépend du type de tumeur, de son extension et du traitement prévu, mais l’étude rappelle qu’une fois la stratégie arrêtée, les retards inutiles doivent autant que possible être évités.

Amina Azoune