Hypothyroïdie : une vaste étude met en lumière un risque accru de cancer de l’endomètre

L’hypothyroïdie pourrait-elle favoriser l’apparition d’un cancer de l’endomètre ? C’est la question explorée par une vaste étude de cohorte menée au Danemark, dont les résultats viennent d’être publiés dans l’European Journal of Epidemiology. Les chercheurs rapportent qu’une diminution de la fonction thyroïdienne est associée à une augmentation significative du risque de développer ce cancer gynécologique, tandis qu’aucun lien comparable n’a été observé avec l’hyperthyroïdie.

Pour mener leurs travaux, les scientifiques ont exploité les données de santé de plus d’un million de femmes danoises nées entre 1960 et 1997. Grâce aux registres nationaux, les participantes ont été suivies pendant près de deux décennies en moyenne afin d’évaluer l’impact à long terme des maladies thyroïdiennes sur la survenue du cancer de l’endomètre, qui touche la muqueuse interne de l’utérus.

Au cours du suivi, plus d’un millier de cas de cancer de l’endomètre ont été recensés. L’analyse révèle que les femmes souffrant d’hypothyroïdie présentaient un risque de développer cette maladie supérieur d’environ 53 % à celui observé chez les femmes sans trouble thyroïdien. L’association s’est révélée particulièrement marquée pour les cancers de type I, la forme la plus fréquente de la maladie, généralement liée à une exposition prolongée aux œstrogènes.

Fait notable, cette augmentation du risque a été observée indépendamment de l’âge des patientes, de leur statut ménopausique ou encore du temps écoulé depuis le diagnostic d’hypothyroïdie. Ces résultats suggèrent que l’impact potentiel du déficit en hormones thyroïdiennes pourrait persister sur le long terme.

À l’inverse, les chercheurs n’ont identifié aucune augmentation significative du risque de cancer de l’endomètre chez les femmes atteintes d’hyperthyroïdie. Cette absence d’association renforce l’hypothèse selon laquelle les mécanismes biologiques impliqués seraient spécifiques à la diminution de l’activité thyroïdienne plutôt qu’aux troubles thyroïdiens en général.

Les auteurs soulignent toutefois qu’une augmentation du risque relatif ne signifie pas nécessairement une forte hausse du nombre de cas à l’échelle individuelle. Chez les femmes diagnostiquées avec une hypothyroïdie avant l’âge de 40 ans, l’augmentation absolue du risque demeurait limitée, même si la tendance observée allait dans le même sens.

Plusieurs pistes biologiques pourraient expliquer ce lien. Les hormones thyroïdiennes jouent un rôle essentiel dans la régulation du métabolisme, de la croissance cellulaire et des interactions hormonales. Une insuffisance prolongée pourrait modifier l’équilibre endocrinien de l’organisme, influencer l’activité des œstrogènes et créer un environnement favorable au développement de certaines tumeurs de l’endomètre.

Bien que cette étude ne permette pas d’établir un lien de causalité direct, elle constitue l’une des analyses les plus robustes réalisées à ce jour sur la relation entre fonction thyroïdienne et cancer de l’endomètre. Ses résultats ouvrent la voie à de nouvelles recherches visant à mieux comprendre les mécanismes en jeu et à déterminer si les femmes atteintes d’hypothyroïdie pourraient bénéficier, à terme, d’une surveillance gynécologique renforcée.

Nouhad Ourebzani