Langue maternelle et développement de l’enfant : pourquoi c’est essentiel pour la santé psychologique

Chaque 21 février, la Journée mondiale de la langue maternelle, instaurée par l’UNESCO, nous rappelle une vérité souvent sous-estimée : la langue que l’enfant entend dès ses premiers jours n’est pas seulement un outil de communication, mais un pilier fondamental de son développement psychologique. Avant même de comprendre le sens des mots, le nourrisson perçoit les intonations, les rythmes et les émotions portées par la voix de ses parents. Cette immersion précoce crée un sentiment de sécurité affective essentiel à la construction de la confiance en soi.

Apprendre dans sa langue maternelle facilite également la structuration de la pensée. Les neurosciences montrent que le langage et la cognition évoluent en interaction permanente : un enfant qui comprend mieux les consignes, les histoires ou les explications dans sa langue première développe plus rapidement ses capacités d’analyse, de mémorisation et de raisonnement. À l’inverse, lorsqu’un apprentissage scolaire commence dans une langue non maîtrisée, l’enfant doit fournir un effort cognitif supplémentaire simplement pour décoder les mots, ce qui peut freiner la compréhension des contenus et générer frustration ou sentiment d’échec.

La langue maternelle joue aussi un rôle déterminant dans la construction de l’identité. Elle porte la culture, les valeurs familiales, les traditions et la mémoire collective. Lorsqu’un enfant se sent autorisé à utiliser sa langue d’origine, il développe un sentiment d’appartenance et d’estime personnelle plus solide. Cette sécurité identitaire constitue un facteur protecteur face à l’anxiété, aux difficultés scolaires et aux conflits sociaux. À l’inverse, la dévalorisation ou l’interdiction implicite de la langue familiale peut créer une rupture intérieure entre le monde de l’école et celui de la maison, générant confusion et perte de repères.

Sur le plan émotionnel, la langue maternelle est souvent la langue des premières consolations, des berceuses et des expressions d’amour. Elle devient donc la langue dans laquelle l’enfant identifie et verbalise le mieux ses émotions. Cette capacité à nommer ce qu’il ressent favorise la régulation émotionnelle, compétence clé pour le bien-être psychologique et les relations sociales futures.

Il est important de souligner qu’encourager la langue maternelle ne s’oppose pas à l’apprentissage d’autres langues, bien au contraire. Les recherches montrent que des bases solides dans la première langue facilitent l’acquisition des langues supplémentaires. Un enfant qui maîtrise sa langue maternelle possède déjà des structures cognitives transférables : compréhension grammaticale, conscience phonologique, capacité narrative. Le bilinguisme ou le plurilinguisme devient alors un enrichissement, et non une source de confusion.

Dans des sociétés multiculturelles ou multilingues, reconnaître la valeur de la langue maternelle constitue donc un enjeu éducatif majeur. Cela passe par des politiques scolaires inclusives, mais aussi par une attitude familiale positive : parler à l’enfant dans la langue la plus naturelle pour les parents, raconter des histoires, chanter, échanger. Ce sont ces interactions quotidiennes qui nourrissent le cerveau en développement et construisent les bases de la personnalité.

Finalement, soutenir la langue maternelle, c’est soutenir l’enfant lui-même. Derrière chaque mot appris dans la langue du cœur se cache une pierre supplémentaire dans l’édifice de la confiance, de l’intelligence et de l’équilibre émotionnel. La langue maternelle n’est pas seulement un héritage culturel : elle est un levier puissant pour grandir sereinement et devenir un adulte épanoui.

Nouhad Ourebzani

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