Une vaste étude internationale publiée dans Nature Genetics met en lumière les relations complexes entre la structure du cerveau, les variations génétiques et le risque de développer des troubles comme le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou la maladie de Parkinson.
Cette recherche, menée par une équipe de 189 scientifiques issus de 45 pays, représente l’une des analyses les plus approfondies à ce jour sur l’ADN et la morphologie cérébrale. Les données de 74 898 participants provenant de 19 pays ont été exploitées à partir d’études d’association pangénomique (GWAS) et d’analyses par imagerie par résonance magnétique (IRM). Au total, 254 variations génétiques influençant le volume des régions cérébrales clés ont été identifiées.
Une corrélation entre structure cérébrale et risques de maladies
Les chercheurs ont observé que les variations génétiques associées à des volumes cérébraux plus importants dans certaines zones augmentaient le risque de développer la maladie de Parkinson. En revanche, des volumes cérébraux plus réduits dans ces mêmes régions étaient corrélés à une probabilité accrue de TDAH.
Selon le Pr Miguel Rentería, directeur de l’étude et chercheur au Queensland Institute of Medical Research en Australie :
« Les différences génétiques sous-jacentes à la structure cérébrale pourraient être fondamentales pour comprendre les causes des troubles neurologiques. »
Il souligne néanmoins que ces résultats doivent être interprétés avec prudence, car ils établissent des corrélations mais pas de relations causales. L’étude ne permet donc pas, pour l’instant, de conclure que ces variations génétiques sont directement responsables des maladies observées.
Une avancée majeure, mais des zones d’ombre persistent
Les scientifiques prévoient de poursuivre leurs recherches afin d’élucider les mécanismes biologiques précis impliqués dans ces corrélations. « Nous pensons que des gènes impliqués dans le développement, la croissance et le vieillissement cérébral pourraient jouer un rôle clé », précise le Pr Rentería. Une meilleure compréhension de ces mécanismes pourrait permettre de développer des thérapies ciblées pour les maladies neurodégénératives et psychiatriques.
Les données utilisées pour cette étude proviennent de consortiums prestigieux tels qu’ENIGMA (Enhancing Neuro Imaging Genetics through Meta-Analysis), la UK Biobank, et l’étude Adolescent Brain Cognitive Development (ABCD), démontrant l’ampleur des efforts conjoints pour explorer ces liens complexes.
Des taux en augmentation alarmante
L’étude résonne dans un contexte préoccupant où les cas de TDAH et de maladie de Parkinson ne cessent d’augmenter, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En 2018, des chercheurs de l’Université de l’Utah Health avaient déjà mis en évidence que les patients atteints de TDAH présentaient un risque 2,4 fois plus élevé de développer la maladie de Parkinson à un âge précoce, comparés à des individus sans TDAH.
Ces travaux, bien que prometteurs, rappellent que les causes de ces maladies sont multifactorielles, mêlant génétique, environnement et style de vie. Ils ouvrent cependant des perspectives nouvelles pour la recherche, tout en soulignant l’urgence d’approfondir les relations entre la structure du cerveau et les pathologies neurodégénératives.
Nouhad Ourebzani