Une journée de formation dédiée aux psychiatres s’est tenue à Alger, sur le rôle des traitements à action prolongée (LATs) dans la prise en charge de la schizophrénie. Cette rencontre scientifique avait pour objectif d’explorer les bénéfices des LATs en termes d’observance, d’efficacité et de qualité de vie des patients. Des experts en psychiatrie et en pharmacologie ont partagé leurs expériences cliniques et les dernières avancées dans ce domaine, s’inscrivant dans une démarche visant à améliorer la gestion des troubles psychiatriques chroniques en Algérie.
Interrogée par Esseha, le Pr Messaouda Bensaida, chef de service de psychiatrie à l’EHS Errazi d’Annaba, a souligné que la schizophrénie, qui apparaît généralement à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, se manifeste souvent par un décrochage scolaire, un isolement social et un renfermement sur soi. Elle a précisé : « les symptômes évoluent vers des troubles plus graves comme des hallucinations, des discours incohérents, des troubles cognitifs, voire des comportements agressifs. Ces signes doivent alerter les familles et inciter à consulter rapidement un spécialiste ». Elle a également insisté sur l’importance de ne pas stigmatiser cette maladie : « Ce n’est pas une tare ou un tabou social. Avec les traitements disponibles, y compris les LATs, il est possible d’améliorer considérablement la vie des patients ».
Intervenant sur le même canal, le Pr Mahboub Fatima Zohra Madoui, cheffe de service à l’EHS de Constantine, a mis en lumière l’intérêt des injections retard pour les patients schizophrènes : « Ces traitements permettent aux patients de ne pas avoir à se souvenir de prendre leurs médicaments quotidiennement, un défi pour ceux qui souffrent de troubles cognitifs. Une injection mensuelle, trimestrielle ou semestrielle facilite leur observance, améliore leur qualité de vie et favorise leur réinsertion sociale ».
Mettant en exergue, les dimensions sanitaire, sociale et économique de la schizophrénie, le Pr Nadir Bourbon, chef de service de psychiatrie à l’hôpital Frantz Fanon de Blida a précisé que « c’est la pathologie psychiatrique la plus invalidante, touchant environ 1 % de la population. Nous avons discuté de l’intérêt des antipsychotiques à action prolongée de seconde génération, notamment pour prévenir les rechutes, réduire les hospitalisations et diminuer les coûts. Ces molécules innovantes contribuent également à améliorer la qualité de vie des patients et de leurs familles ».
Enfin, le Pr Mohamed El Amine Bencharif, du service de psychiatrie légale de l’hôpital Frantz Fanon, a insisté sur l’importance d’un diagnostic précoce : « les premiers signes, comme l’isolement ou des comportements inhabituels, sont souvent confondus avec une crise d’adolescence. Un traitement précoce est crucial pour prévenir les handicaps psychiques irréversibles. Les psychothérapies et la remédiation cognitive sont également essentielles pour renforcer les fonctions cérébrales saines », a-t-il indiqué.
Hassina Amrouni