L’OMS Afrique veut transformer durablement les personnels de santé du continent à l’horizon 2035

 

Le Bureau régional de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Afrique a présenté, mercredi 26 août 2026 à Addis-Abeba, lors de la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, l’Agenda africain des personnels de santé 2026-2035. Cette nouvelle stratégie vise à répondre aux défis persistants liés au manque de professionnels de santé, à leur formation, à leur emploi, à leur répartition géographique et à leur fidélisation. L’Algérie a salué la teneur de ce programme, qui place la gestion et le développement des ressources humaines au cœur du renforcement des systèmes de santé africains.

Le document présenté par l’OMS Afrique rappelle les progrès réalisés au cours de la dernière décennie. Le nombre de personnels de santé dans la Région est passé de 1,6 million en 2013 à 5,72 millions en 2024. Sur la même période, la densité moyenne des professionnels de santé est passée de 11,67 à près de 29,96 pour 10 000 habitants. Le nombre annuel de diplômés des filières de santé a également progressé, passant de 150 000 en 2018 à 325 809 en 2024.

Malgré ces avancées, la situation demeure préoccupante. Selon l’OMS, l’Afrique pourrait encore faire face à un déficit de 5,85 millions de personnels de santé en 2030, avec un risque de dépasser à nouveau les six millions en 2035 si les efforts en matière de formation, d’emploi et de fidélisation ne sont pas accélérés. Le continent connaît parallèlement un chômage important parmi les professionnels de santé, notamment chez les jeunes diplômés, ainsi qu’une migration de personnels expérimentés vers d’autres régions du monde.

Face à ces défis, l’Agenda 2026-2035 propose une nouvelle approche qui ne se limite plus à augmenter le nombre de professionnels formés. Il entend agir simultanément sur la planification, l’éducation, l’emploi, la rétention, la gouvernance et l’utilisation des données relatives au marché du travail de la santé.

La première priorité consiste à renforcer les investissements consacrés aux personnels de santé. L’OMS préconise notamment que les pays réalisent régulièrement des analyses de leur marché du travail sanitaire afin de mieux adapter les investissements aux besoins réels des populations. Les stratégies nationales devront intégrer la planification, le financement, la formation, l’emploi et la fidélisation, avec des objectifs chiffrés et des engagements financiers inscrits dans les budgets nationaux.

Le deuxième axe porte sur la transformation de l’éducation et de la formation. L’Agenda prévoit de renforcer les capacités des établissements de formation, d’améliorer la qualité des cursus et de généraliser progressivement une éducation fondée sur les compétences. Il prévoit également de développer la formation spécialisée, la formation continue, les outils numériques et les mécanismes d’accréditation et de régulation. L’objectif est de faire en sorte que les compétences acquises correspondent davantage aux besoins sanitaires des populations.

La stratégie accorde également une place importante aux agents de santé communautaires. L’OMS recommande leur intégration progressive dans les systèmes de santé, avec des critères de sélection clairement définis, des possibilités d’évolution professionnelle et une rémunération durable.

Le troisième grand axe concerne l’emploi, la rétention et les performances des personnels de santé. L’Agenda prévoit la mise en place de normes nationales de dotation en personnel tenant compte de la charge de travail, des besoins de la population et des capacités des systèmes de santé. Ces normes doivent notamment permettre de mieux orienter le recrutement et la répartition des professionnels vers les zones rurales et les territoires insuffisamment desservis.

L’amélioration des conditions de travail constitue également un volet central. La stratégie préconise des mécanismes de négociation collective, l’amélioration progressive de la rémunération et des conditions d’exercice, ainsi que des mesures de soutien au bien-être des professionnels. La santé et la sécurité au travail, la prévention de l’épuisement professionnel, la protection contre les violences et le harcèlement et le soutien psychosocial sont explicitement intégrés à cette approche.

La question de la migration des professionnels de santé est également prise en compte. L’OMS appelle à renforcer la gouvernance de la mobilité internationale, à mettre en œuvre le Code de pratique mondial de l’OMS sur le recrutement international des personnels de santé et à développer des politiques permettant notamment le retour et la réintégration des professionnels, ainsi que l’implication des diasporas.

Le quatrième axe vise à améliorer le leadership, la gestion et la gouvernance des ressources humaines en santé. L’Agenda préconise de renforcer les structures chargées des personnels de santé au sein des ministères, d’améliorer les capacités de leurs responsables et de favoriser une meilleure coordination entre les secteurs concernés par la formation, l’emploi et la gestion des professionnels.

Enfin, le cinquième axe repose sur l’amélioration des données et de l’intelligence du marché du travail sanitaire. Les pays sont invités à développer des systèmes nationaux d’information sur les personnels de santé, à renforcer les comptes nationaux des personnels de santé et à produire régulièrement des données sur les effectifs, les emplois, les postes vacants, les niveaux de personnel et les performances. Ces informations doivent permettre d’appuyer les décisions publiques et de mieux adapter les formations et les recrutements aux besoins.

L’Agenda fixe des objectifs ambitieux pour 2035. Il prévoit notamment l’éducation, l’emploi et la fidélisation d’au moins trois millions de personnels de santé supplémentaires dans la Région africaine. Il vise également une densité moyenne de 47 professionnels de santé pour 10 000 habitants, contre 27 pour 10 000 en 2024 selon les indicateurs de référence du programme.

L’OMS ambitionne par ailleurs de réduire le taux moyen de chômage des personnels de santé de 27 % actuellement à 13 % au maximum en 2035. Elle souhaite aussi que 80 % des pays mettent en œuvre des stratégies ou plans d’investissement alignés sur l’Agenda africain des personnels de santé et que 80 % appliquent des programmes de formation fondés sur les compétences.

La mise en œuvre de cette stratégie reposera notamment sur le programme phare « Planifier – Former – Fidéliser » de l’OMS Afrique. Le volet « Planifier » doit améliorer la connaissance du marché du travail et la planification des effectifs. Le volet « Former » doit transformer l’éducation des professionnels de santé et renforcer la qualité des formations. Le volet « Fidéliser » doit favoriser l’emploi durable, une répartition plus équitable des personnels, de meilleures conditions d’exercice et des mesures incitatives adaptées.

L’Agenda prévoit enfin un suivi annuel des progrès réalisés par les États membres, ainsi que des évaluations régulières jusqu’en 2035. Le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique doit présenter des rapports d’étape au Comité régional en 2028, 2030 et 2032, avant une évaluation finale en 2035.

À travers cet Agenda, l’OMS Afrique entend ainsi passer d’une logique centrée principalement sur l’augmentation de l’offre de formation à une politique plus globale des personnels de santé, associant planification, formation adaptée aux besoins, création d’emplois, amélioration des conditions de travail, fidélisation et gouvernance fondée sur les données. Une orientation que la délégation algérienne a saluée lors des travaux du Comité régional, soulignant l’importance d’une gestion durable des ressources humaines pour garantir des systèmes de santé plus solides et un accès équitable à des soins de qualité sur le continent.

Nouhad Ourebzani