À l’approche des grandes fêtes et célébrations populaires, les pétards et autres articles pyrotechniques réapparaissent dans l’espace public, souvent manipulés par des enfants et des adolescents. Derrière leur apparence ludique se cache pourtant un risque bien réel : brûlures, traumatismes des mains, lésions oculaires, troubles auditifs et accidents pouvant nécessiter une prise en charge hospitalière.
Les données disponibles dans plusieurs pays montrent que ces accidents ne sont pas exceptionnels. Aux États-Unis, la Consumer Product Safety Commission (CPSC) a estimé à 13 000 le nombre de blessures ayant nécessité des soins dans les services d’urgence en 2025, contre 14 700 en 2024. En 2025, les mains et les doigts représentaient 35 % des parties du corps touchées, devant la tête, le visage et les oreilles avec 22 %. Les brûlures constituaient 38 % des blessures. Les artifices de type « sparklers », souvent considérés à tort comme peu dangereux, ont à eux seuls été associés à environ 1 300 passages aux urgences en 2025.
Les enfants et les adolescents figurent parmi les populations particulièrement vulnérables. Une étude consacrée aux blessures pédiatriques liées aux feux d’artifice aux États-Unis a montré que les mains étaient la région la plus fréquemment touchée, suivies de la tête et du cou et des yeux. Les brûlures représentaient 60 % des blessures recensées et 7,6 % des patients avaient nécessité une hospitalisation.
Le risque concerne également les enfants qui ne manipulent pas directement les pétards. Une étude pédiatrique a relevé qu’un enfant pouvait être blessé simplement en se trouvant à proximité de l’explosion. Dans une série de 316 enfants victimes d’accidents liés aux feux d’artifice, 26 % étaient des personnes présentes sur les lieux sans avoir manipulé elles-mêmes l’artifice.
Les yeux constituent une autre zone particulièrement exposée. Une étude publiée en 2025, portant sur les accidents survenus en Allemagne et aux Pays-Bas, a recensé, lors du réveillon 2022-2023, 838 patients souffrant de lésions oculaires liées aux feux d’artifice en Allemagne et 133 aux Pays-Bas. L’incidence était alors d’environ 1 cas pour 100 000 habitants en Allemagne et de 0,8 pour 100 000 aux Pays-Bas. Les chercheurs soulignent également la forte représentation des mineurs et le fait que les enfants peuvent être victimes alors qu’ils ne manipulent pas eux-mêmes les artifices.
Les conséquences peuvent dépasser une simple brûlure. Les explosions peuvent provoquer des traumatismes des mains et des doigts, des lésions oculaires parfois sévères, des atteintes du visage et des oreilles ainsi que des blessures nécessitant une intervention chirurgicale. Des travaux médicaux consacrés aux blessures de la main montrent notamment que les accidents liés aux feux d’artifice peuvent provoquer des fractures et des lésions importantes nécessitant une reconstruction chirurgicale.
Le problème est loin d’être limité aux États-Unis ou à l’Europe. En Algérie également, les autorités rappellent régulièrement, à l’occasion des périodes de forte utilisation des pétards, que ces produits peuvent provoquer des blessures, des incendies et des accidents touchant particulièrement les enfants. La prévention revêt une importance particulière dans un contexte où les pétards sont souvent utilisés dans les quartiers, à proximité des habitations, des véhicules et des personnes.
L’expérience internationale montre par ailleurs que la présence d’un adulte ne suffit pas toujours à empêcher un accident. Dans plusieurs études, une proportion importante des victimes étaient des passants ou des personnes simplement présentes à proximité. Aux Pays-Bas et en Allemagne, les recherches font état d’une proportion de personnes blessées comme spectateurs pouvant atteindre environ la moitié des cas selon les années étudiées.
Au-delà des blessures individuelles, les pétards représentent également un risque pour la sécurité collective. Une mauvaise utilisation ou un dysfonctionnement peut provoquer un départ de feu dans un logement, un véhicule, un commerce ou à proximité de matériaux inflammables. Les accidents récents observés dans plusieurs pays européens ont également montré que les produits pyrotechniques peuvent être à l’origine d’incendies et de dommages matériels importants.
La multiplication des accidents a d’ailleurs conduit certains pays à renforcer leurs mesures de prévention et de réglementation. Une étude multicentrique publiée en 2024 a conclu qu’une interdiction nationale des feux d’artifice de Nouvel An étudiée dans un pays européen avait permis de réduire les blessures graves aux mains liées aux dispositifs explosifs.
À la veille du Mawlid Ennabaoui, période durant laquelle l’utilisation des pétards connaît traditionnellement une recrudescence en Algérie, le rappel est donc particulièrement important : une détonation qui semble amusante peut provoquer en quelques secondes une blessure grave et parfois laisser des séquelles durables. Le meilleur réflexe est de ne pas laisser les enfants manipuler ces produits et de les tenir éloignés des lieux où des pétards sont utilisés. La célébration du Mawlid doit rester un moment de joie et de recueillement, sans exposer les enfants à un risque qui peut être évité.
Nouhad Ourebzani