L’émission hebdomadaire d’Esseha a invité ce vendredi Pr Mourad Ouali, chef de l’unité de soins intensifs au CHU de Beni Messous qui a parlé du fléau de la toximanie qui s’empare des jeunes.
Induit par la mondialisation et la modernisation dont il est l’un des « dégâts collatéraux », ce fléau prend de l’ampleur et « s’est introduit même dans les CEM » comme il l’a souligné. « En tant que réanimateur, je peux vous dire que ça fait vraiment mal au coeur de voir des jeunes avec une telle énergie qu’on aurait pu canaliser dans la construction de notre pays partir vers un fléau pareil » a déploré Pr Ouali.
L’état dans lequel ils arrivent aux Urgences est tel qu’ils sont condamnés : c’est soit le décès, soit de lourdes séquelles comme la paralysie. « Nous les recevons en réanimation généralement dans un état de coma, parce que la toxicomanie va crescendo » a-t-il précisé. « Cela commence à un très jeune âge, déjà au CEM comme nous le constatons. D’abord une cigarette, ensuite un joint, ensuite des drogues dures malheureusement ».
Pr Ouali a expliqué que le toxicomane recherche toujours un effet supérieur à celui déjà obtenu. « Il commence par exemple par le hashish, puis il s’aperçoit peu à peu que cela ne lui suffit plus, parce que nous avons des récepteurs au niveau de notre corps qui seront saturés et qui demanderont à chaque fois plus ».
Le toxicomane passera par la suite à des drogues de plus en plus dures, a-t-il déclaré, « jusqu’à ce qu’il arrive au fameux jour où cela lui sera fatal, le jour où la demande sera plus importante et qu’il consommera plusieurs psychotropes en même temps, avec les effets néfastes de chacun d’entre eux sur son organisme, comme le coeur et les reins et souvent il consomme des boissons alcoolisées. Cela donne des intoxications poly-médicamenteuses qui mènent au coma ».
Cela peut aboutir au décès ou à des séquelles induites par une anoxie cérébrale (l’oxygène n’arrive pas au cerveau pendant un certain temps) et là c’est la paralysie. Ce qui fait dire au Pr Mourad Ouali qu’il faut absolument intervenir en amont aussi bien de la part de la famille que des pouvoirs publics.
« Il ne faut pas qu’il y ait de tabous, les parents ne doivent pas avoir honte lorsqu’ils constatent que leur fils s’adonne à la drogue. Il existe des services de psychiatrie, des services de désintoxication. Ils doivent avoir le courage d’emmener leur fils dans un centre de désintoxication parce que c’est là qu’on peut arrêter le processus » qui aboutit à l’escalade, puis au décès ou à la paralysie.
Le deuxième message que Pr Ouali tient à faire passer, c’est aux pouvoirs publics afin qu’il y ait de la sensibilisation à tous les niveaux. « Dans les mosquées, au niveau du ministère de l’éducation nationale, du ministère de l’enseignement supérieur, du ministère de la formation professionnelle » a-t-il mentionné, ajoutant qu’on doit créer des centres de désintoxication parce que celui de Blida ne suffit pas. « Il faut qu’il y ait un centre de désintoxication dans chacune des wilaya du pays » a-t-il affirmé.
Rachida Merkouche