Si vous vivez avec une maladie chronique et que vous envisagez de jeûner pendant le mois de Ramadan, ce message s’adresse directement à vous. Pas en tant que simple recommandation médicale froide, mais comme un rappel bienveillant pour protéger ce que vous avez de plus précieux : votre santé. Le jeûne est un acte spirituel profondément important pour beaucoup de personnes, mais il ne doit jamais devenir une source de danger ou de complications médicales.
Vous connaissez déjà votre corps mieux que quiconque. Vous savez les jours où vous vous sentez fort, et ceux où la fatigue ou les symptômes prennent le dessus. Pourtant, le Ramadan modifie profondément le rythme de vie : horaires de sommeil, alimentation, hydratation, prise des médicaments, niveau d’activité… Tout change. Et quand on souffre de diabète, d’hypertension, de maladies cardiaques, d’insuffisance rénale, d’asthme, de troubles digestifs ou d’autres pathologies chroniques, ces changements peuvent avoir des conséquences importantes, parfois imprévisibles.
Consulter votre médecin avant de commencer le jeûne n’est pas un signe de faiblesse. C’est un acte de responsabilité envers vous-même. Beaucoup de patients pensent qu’ils peuvent “tester” quelques jours pour voir comment ça se passe. Le problème, c’est que certaines complications ne préviennent pas. Une hypoglycémie sévère, une déshydratation, une crise hypertensive ou un déséquilibre cardiaque peuvent survenir rapidement. Le rôle du médecin est justement d’évaluer votre situation personnelle pour vous dire si le jeûne est sans danger pour vous ou non, ou s’il nécessite des adaptations.
Parfois, la bonne nouvelle est que vous pouvez jeûner, mais avec des ajustements précis. Cela peut concerner l’horaire des médicaments, les doses, le type d’alimentation au moment de la rupture du jeûne, ou encore la surveillance de certains paramètres comme la glycémie ou la tension artérielle. Dans d’autres situations, le professionnel de santé peut recommander de ne pas jeûner temporairement ou totalement. Ce conseil n’est jamais donné à la légère. Il repose sur des données médicales et sur l’objectif de vous éviter des complications qui pourraient avoir des conséquences à long terme.
Il est aussi important de comprendre que votre état de santé n’est pas figé. Peut-être que vous pouviez jeûner les années précédentes, mais que cette année la situation a changé : évolution de la maladie, nouveau traitement, fatigue plus marquée, âge avancé, ou complications récentes. Chaque Ramadan doit être évalué comme une situation nouvelle. La comparaison avec le passé peut être trompeuse.
Un autre point essentiel concerne la prise des médicaments. Beaucoup de patients arrêtent ou diminuent leurs traitements pendant le Ramadan par peur de rompre le jeûne ou par difficulté à organiser les prises. C’est une erreur fréquente et parfois dangereuse. Certains médicaments nécessitent une régularité stricte pour être efficaces. Modifier les horaires ou les doses sans avis médical peut provoquer une aggravation de la maladie. Votre médecin peut au contraire adapter le traitement pour qu’il soit compatible avec le jeûne lorsque cela est possible.
L’alimentation pendant Ramadan mérite également une attention particulière. Après une longue journée sans manger ni boire, il est tentant de consommer des repas copieux, riches en sucre et en graisses. Pourtant, pour une personne atteinte de maladie chronique, ces excès peuvent provoquer des déséquilibres importants. Une rupture du jeûne progressive, équilibrée et adaptée à votre pathologie est souvent recommandée. Là encore, un professionnel de santé peut vous guider de manière personnalisée.
Il ne faut pas oublier non plus l’hydratation. Entre l’iftar et le s’hour, boire suffisamment est crucial, surtout pour les personnes souffrant de maladies rénales, cardiovasculaires ou prenant certains médicaments. La déshydratation peut entraîner fatigue, vertiges, chutes de tension, troubles rénaux ou complications cardiaques.
Vous avez aussi le droit d’écouter votre corps pendant le jeûne. Si vous ressentez des symptômes inhabituels comme des étourdissements, une faiblesse intense, des palpitations, une confusion, des douleurs thoraciques ou une sensation de malaise, il est essentiel de rompre le jeûne immédiatement et de consulter. La santé passe avant tout. Dans la religion musulmane, la préservation de la vie et de la santé est une priorité absolue. Dans le Coran, texte sacré, les personnes malades sont explicitement, et sans l’ombre d’un doute , dispensés de jeûner. Ils peuvent compenser ces jours par d’autres ou par l’offre de nourriture aux nécessiteux si la maladie est chronique.
Ce message est avant tout un message de respect envers vous. Respect de votre foi, mais aussi respect de votre corps. Vous méritez de vivre ce mois dans la sérénité, sans mettre votre santé en danger. Une simple consultation médicale avant Ramadan peut faire toute la différence : elle peut vous rassurer, vous orienter, et vous permettre de jeûner dans de meilleures conditions si cela est possible pour vous.
N’oubliez jamais que prendre soin de vous n’est pas contradictoire avec vos convictions spirituelles. Au contraire, c’est une manière de les honorer. Votre santé est une responsabilité, et demander conseil est une preuve de sagesse, pas de faiblesse. Si vous vivez avec une maladie chronique, prenez rendez-vous, posez vos questions, expliquez vos intentions de jeûner. Ensemble, vous et votre médecin pourrez décider de la meilleure option pour que ce mois soit un moment de paix, et non de risque.
Prenez soin de vous, vraiment. Votre corps vous accompagne chaque jour. Il mérite votre attention, surtout pendant Ramadan.
L’équipe d’Esseha.
