Tuberculose : Comprendre, prévenir et soutenir

Entretien avec le Dr Omar Bellabaci, pneumologue à Blida

Entretien réalisé par Amina Azoune

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, nous avons rencontré le Dr Omar Bellabaci, pneumologue libéral à Blida, pour faire le point sur cette maladie qui reste un défi de santé publique. Il revient sur les premiers réflexes à adopter en cas de contact avec une personne infectée, les signes à surveiller et l’importance du suivi du traitement.

Que faire en cas de contact avec une personne atteinte de tuberculose ?

Dr Omar Bellabaci : Être en contact avec une personne atteinte de tuberculose pulmonaire confirmée peut être source d’inquiétude, mais il est important de savoir que cette maladie ne se transmet pas aussi facilement qu’un rhume ou la grippe. La contagion nécessite un contact étroit, prolongé et répété avec le malade, ainsi que certains facteurs de vulnérabilité comme des maladies chroniques (diabète, immunodépression, etc.).

Le mode de transmission repose sur l’inhalation de gouttelettes projetées par un patient présentant une tuberculose à microscopie positive, notamment lorsqu’il tousse, parle ou éternue. Cependant, il ne faut pas céder à la panique, car la tuberculose est aujourd’hui une maladie curable.

Les premiers réflexes à adopter sont l’isolement du patient, l’évitement des contacts rapprochés et le port du masque pour limiter la transmission, en particulier durant les 15 premiers jours du traitement, période où la contagiosité est la plus élevée. Les proches vivant sous le même toit doivent se faire dépister dans les structures spécialisées (SCTMR). Pour les collègues de travail, l’évaluation du risque se fait au cas par cas, notamment pour ceux partageant le même bureau.

Comment différencier une toux banale des premiers signes de la tuberculose ?

Dr Omar Bellabaci : Une toux due à un rhume ou à une grippe est généralement aiguë, dure quelques jours et s’accompagne de symptômes comme la fièvre, le nez qui coule ou des courbatures. En revanche, la toux liée à la tuberculose persiste plus de 15 jours et s’accompagne d’une altération progressive de l’état général : amaigrissement, fièvre nocturne, fatigue, perte d’appétit sans signes ORL. Dans certains cas, des crachats sanguinolents (hémoptysie) peuvent survenir.

Si une toux persiste au-delà de deux semaines, il est impératif de consulter un médecin et de réaliser une radiographie thoracique.

Pourquoi est-il essentiel de suivre son traitement jusqu’au bout ?

Dr Omar Bellabaci : Le traitement de la tuberculose repose sur une combinaison d’antibiotiques administrés selon un protocole précis en deux phases : une phase d’attaque et une phase d’entretien. Cette stratégie permet d’éliminer les bactéries responsables de la maladie.

L’interruption précoce du traitement entraîne de graves conséquences : risque de rechute, aggravation de la maladie et développement de résistances aux antibiotiques, rendant la prise en charge plus compliquée. Il est donc crucial de respecter scrupuleusement la durée du traitement, qui s’étend sur plusieurs mois.

Quel est l’impact de la tuberculose sur la vie quotidienne ?

Dr Omar Bellabaci : La tuberculose a des répercussions physiques importantes : fatigue extrême, toux persistante perturbant le sommeil et le travail, perte de poids et essoufflement dans les formes avancées.

Sur le plan psychologique, l’isolement social peut entraîner anxiété et dépression. L’impact socio-économique est également notable, notamment pour les patients non assurés qui doivent faire face à des difficultés financières, sans compter la stigmatisation qui pèse sur les malades, parfois même au sein de leur famille.

Les effets secondaires des médicaments, tels que les nausées, vomissements et atteintes hépatiques, compliquent encore le parcours des patients. Toutefois, un suivi médical rigoureux permet de minimiser ces désagréments et d’assurer une guérison complète.

Comment soutenir un proche atteint de tuberculose sans le stigmatiser ?

Dr Omar Bellabaci : Le rôle de l’entourage est primordial. L’isolement ne doit pas dépasser 15 jours après le début du traitement, car la science a prouvé qu’au-delà de cette période, la contagiosité disparaît.

Le soutien moral et financier du patient, l’accompagnement dans la prise du traitement et les visites médicales contribuent grandement à son rétablissement. À l’inverse, la stigmatisation et le rejet peuvent avoir des conséquences désastreuses, notamment l’abandon du traitement.

Il est essentiel de considérer la tuberculose comme une maladie qui se soigne et de lutter contre les préjugés qui l’entourent. L’éducation et la sensibilisation restent nos meilleures armes pour venir à bout de cette maladie.