Et si une simple modification de la composition du sel utilisé quotidiennement dans nos cuisines permettait de réduire considérablement les décès liés aux maladies cardiovasculaires ? Une étude internationale publiée le 4 novembre 2026 dans la revue scientifique Nature Health suggère que remplacer le sel ordinaire par un sel partiellement enrichi en potassium pourrait prévenir près de trois millions de décès chaque année dans le monde.
Menée par des chercheurs du George Institute for Global Health, en Australie, cette recherche a évalué les bénéfices potentiels d’une telle substitution dans 193 pays. Selon leurs estimations, une généralisation de ce changement pourrait permettre d’éviter chaque année environ 2,96 millions de décès et plus de 10 millions de nouveaux cas de maladies cardiovasculaires et rénales.
Le principe repose sur une modification relativement simple de la composition du sel de table. Alors que le sel ordinaire est essentiellement constitué de chlorure de sodium, le substitut étudié contient une proportion réduite de sodium, remplacée par du chlorure de potassium. Cette différence pourrait avoir des conséquences importantes sur la santé, notamment chez les personnes exposées à l’hypertension artérielle.
Une consommation excessive de sodium favorise en effet l’augmentation de la pression artérielle, l’un des principaux facteurs de risque d’accident vasculaire cérébral, d’infarctus du myocarde et de maladie rénale. À l’inverse, un apport suffisant en potassium contribue à la régulation de la tension artérielle. En associant une réduction du sodium à une augmentation du potassium, ces substituts agissent donc simultanément sur deux facteurs alimentaires impliqués dans les maladies cardiovasculaires.
Les chercheurs ont également évalué plusieurs scénarios d’utilisation. Le remplacement du seul sel employé à domicile, notamment pour cuisiner et assaisonner les aliments, pourrait déjà prévenir environ 1,85 million de décès par an. Une substitution dans les aliments transformés et les préparations servies dans les restaurants offrirait également des bénéfices importants, particulièrement dans les pays où ces produits représentent une grande partie des apports en sodium.
Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence. Il s’agit de projections réalisées à partir de modèles scientifiques et non de décès effectivement évités. Les bénéfices estimés supposent notamment une adoption suffisamment large de ces substituts, dont la disponibilité, le coût et l’acceptation par les consommateurs peuvent varier considérablement d’un pays à l’autre.
L’intérêt de cette approche repose toutefois sur des données scientifiques antérieures. Plusieurs essais cliniques ont déjà montré que les substituts de sel enrichis en potassium pouvaient contribuer à diminuer la pression artérielle et à réduire certains événements cardiovasculaires. En janvier 2025, l’Organisation mondiale de la santé avait d’ailleurs publié une recommandation conditionnelle encourageant leur utilisation chez les adultes de la population générale qui choisissent de consommer du sel de table.
Mais cette alternative n’est pas adaptée à tout le monde. Les personnes souffrant d’une insuffisance rénale ou prenant certains médicaments susceptibles d’augmenter le potassium dans le sang peuvent présenter un risque d’hyperkaliémie, une complication potentiellement grave pour le fonctionnement du cœur. Elles ne doivent donc pas utiliser ces produits sans avis médical. La recommandation de l’OMS ne concerne pas non plus les enfants ni les femmes enceintes.
Pour la population générale, la priorité reste avant tout de limiter la consommation globale de sel. L’OMS recommande aux adultes de consommer moins de cinq grammes de sel par jour, soit un peu moins d’une cuillère à café, en tenant compte du sel déjà présent dans les aliments. Le recours à un substitut enrichi en potassium ne doit donc pas être interprété comme une autorisation d’en consommer davantage.
Cette étude ouvre néanmoins des perspectives intéressantes pour la prévention cardiovasculaire. Dans des pays comme l’Algérie, où le pain, les préparations culinaires et certains produits transformés contribuent aux apports quotidiens en sel, elle invite à réfléchir aux moyens de réduire l’exposition au sodium, aussi bien dans les foyers que dans l’industrie alimentaire.
Au-delà du choix individuel des consommateurs, les chercheurs soulignent ainsi l’intérêt d’une approche collective associant information nutritionnelle, adaptation des produits alimentaires et prévention de l’hypertension. Une évolution apparemment modeste des habitudes alimentaires pourrait, à grande échelle, contribuer à réduire sensiblement le poids des maladies cardiovasculaires et rénales.
Ouiza Lataman