Vaccins : l’Algérie veut prendre le train de la souveraineté sanitaire africaine

L’Afrique est engagée dans une course contre la dépendance vaccinale. Six ans après la pandémie de Covid-19, le continent tente de bâtir une véritable industrie pharmaceutique capable de produire ses propres vaccins et de sécuriser ses approvisionnements. Selon le rapport African Vaccine Manufacturing – 2026 Supply Landscape, onze fabricants africains disposent désormais d’installations de production à l’échelle commerciale, tandis que treize autres projets sont encore en développement.

Dans cette nouvelle cartographie de l’industrie vaccinale africaine, l’Algérie fait son apparition parmi les pays qui ambitionnent de rejoindre le cercle encore restreint des producteurs de vaccins du continent. Le groupe public Saidal est cité parmi les projets en développement, aux côtés d’initiatives portées en Afrique du Sud, en Égypte, au Sénégal, en Ouganda ou encore en République démocratique du Congo.

La présence de l’Algérie dans ce paysage industriel naissant n’est pas anodine. Elle traduit une prise de conscience stratégique : dans un monde marqué par les crises sanitaires, les tensions géopolitiques et la fragmentation des chaînes d’approvisionnement, la capacité à produire localement des vaccins est devenue un enjeu de souveraineté nationale autant qu’un impératif de santé publique.

Le rapport montre toutefois que le chemin vers une véritable industrie vaccinale est long et semé d’embûches. Les projets africains sont confrontés à des difficultés de financement, à des retards dans les transferts de technologies, à des procédures réglementaires souvent longues et complexes, ainsi qu’à un manque de compétences techniques et de ressources humaines spécialisées.

Pour l’Algérie, le défi est encore plus grand. Le pays dispose déjà d’une industrie pharmaceutique relativement développée, qui couvre une part importante de ses besoins en médicaments, mais il accuse un retard considérable dans la production de vaccins, un secteur nécessitant des investissements lourds, des technologies de pointe et une expertise scientifique de haut niveau.

Or, le marché africain offre des perspectives considérables. D’ici à 2030, la demande continentale devrait atteindre 128 millions de doses pour les vaccins contre la rougeole et la rubéole, 110 millions de doses pour les vaccins pneumococciques et près de 97 millions de doses pour ceux contre le rotavirus. Ces besoins gigantesques ouvrent des opportunités industrielles majeures pour les pays capables de se positionner rapidement.

L’Algérie possède plusieurs atouts pour réussir ce pari : une industrie pharmaceutique déjà structurée, des capacités de production en expansion, un réseau universitaire dense et une volonté politique affichée de renforcer la sécurité sanitaire nationale. Mais ces atouts ne suffiront pas sans une stratégie industrielle claire, fondée sur le transfert de technologies, la formation de compétences spécialisées et l’établissement de partenariats internationaux de long terme.

Le rapport rappelle d’ailleurs qu’aucun pays africain ne pourra relever seul le défi de la souveraineté vaccinale. La réussite passera par une meilleure coordination entre les États, les bailleurs de fonds, les institutions internationales et les industriels.

Pour l’Algérie, l’enjeu dépasse la simple production de vaccins. Il s’agit de savoir si le pays entend devenir un acteur de la nouvelle géographie sanitaire du continent ou rester un marché de consommation dépendant des importations. À l’heure où l’Afrique tente de reprendre le contrôle de son destin sanitaire, la place que l’Algérie occupera dans cette révolution industrielle reste encore à écrire.

Tinhinane B