Le 19 mai n’est pas seulement une date historique inscrite dans la mémoire nationale algérienne. C’est une page de courage absolu, un serment collectif prononcé par une jeunesse qui avait compris, très tôt, qu’il existait des moments où l’Histoire exige davantage que des diplômes, davantage que des carrières, davantage même que des rêves personnels.
Le 19 mai 1956, des milliers d’étudiants et de lycéens quittèrent volontairement les amphithéâtres, les salles de classe et les bancs des universités pour rejoindre les maquis de la glorieuse Révolution de Novembre. Ils troquèrent les livres contre les sacs de fortune, les stylos contre les armes, mais aussi contre les trousses médicales rudimentaires. Parmi eux, beaucoup de jeunes femmes et de jeunes hommes allaient devenir les premiers artisans de la médecine révolutionnaire algérienne.
Dans les maquis, au cœur des montagnes, dans les grottes, sous les bombardements et dans le fracas des opérations militaires coloniales, une autre bataille se menait : celle pour sauver des vies. Une bataille silencieuse, héroïque, profondément humaine.
Ces étudiants en médecine, ces infirmiers improvisés, ces lycéennes devenues aides-soignantes, ces jeunes volontaires sans moyens mais habités d’une foi immense, ont donné naissance aux premiers centres de soins de la Révolution algérienne. Avec presque rien, ils ont construit l’essentiel.
Quelques instruments récupérés ici et là, des bandages fabriqués artisanalement, des médicaments rares acheminés clandestinement, des opérations pratiquées à la lumière de lampes précaires, parfois même à même le sol. Voilà dans quelles conditions ces femmes et ces hommes ont exercé une médecine de guerre guidée non par le confort, mais par le devoir national.
Ils soignaient les moudjahidine blessés, soulageaient les populations civiles, assistaient les déplacés, les enfants, les vieillards. Ils traversaient les zones interdites pour transporter des blessés. Ils opéraient dans l’urgence, souvent sous les bombardements. Ils affrontaient la faim, le froid, les épidémies et le manque de tout, sauf de volonté.
Nombre d’entre eux tombèrent en martyrs. D’autres furent arrêtés, torturés, exécutés. Mais aucun ne renonça à cette mission sacrée : protéger la vie algérienne au cœur même de la guerre de Libération.
Cette génération héroïque fut le premier noyau du système de santé national algérien.
Après l’indépendance, beaucoup de ces combattants de l’ombre poursuivirent leur œuvre dans les hôpitaux, les dispensaires, les facultés de médecine et les écoles paramédicales de l’Algérie indépendante. Ils bâtirent les premières structures sanitaires nationales avec le même esprit de sacrifice qui les animait dans les maquis.
Ils avaient appris, durant la Révolution, que la médecine n’était pas uniquement une profession, mais une mission profondément patriotique. Être au chevet du peuple constituait pour eux un prolongement naturel du combat pour la liberté.
L’Algérie sanitaire moderne porte encore les traces lumineuses de cet héritage.
Dans chaque hôpital public du pays, dans chaque garde difficile, dans chaque ambulance sillonnant les routes du pays, dans chaque médecin qui choisit de servir dans les régions éloignées, survit quelque chose de cette école révolutionnaire née dans les maquis.
Car la grandeur de ces pionniers ne résidait pas seulement dans leurs compétences médicales. Elle résidait surtout dans leur humanisme, leur abnégation et leur fidélité au peuple.
En cette journée du 19 mai, l’équipe de esseha.dz rend hommage à cette jeunesse qui a compris avant tout le monde que l’avenir d’une nation ne se construit pas uniquement dans les livres, mais aussi dans le sacrifice, la solidarité et le sens du devoir.
Elle rend hommage à ces médecins de l’ALN, à ces infirmières de la Révolution, à ces étudiants devenus soldats de la vie.
Ils furent les guérisseurs du maquis.
Ils furent les sentinelles de l’espoir.
Ils furent les fondateurs silencieux de la médecine algérienne moderne.
Et leur héritage demeure vivant, transmis de génération en génération, comme une flamme patriotique que le temps n’a jamais réussi à éteindre.
Esseha.dz