Cadavres calcinés et médecine de catastrophe

Des spécialistes plaident pour l’harmonisation des pratiques médico-légales

Organisée par l’Académie Algérienne de Développement des Sciences Médico-Légales et le Laboratoire d’Anthropologie Médico-Légale, la 1ère journée médico-légale de catastrophes consacrée aux « Problèmes médico-légaux des cadavres calcinés » a réuni médecins légistes, experts en anthropologie, toxicologie et odontologie médico-légale mais également représentants de la police judiciaire, de la Gendarmerie nationale, de la Sûreté nationale, de la Protection civile et du secteur judiciaire.
Les communications ont porté sur plusieurs problématiques liées à l’identification des victimes lors de catastrophes naturelles ou industrielles : gestion médico-légale des incendies de forêts à grande échelle, autopsie du grand brûlé, interprétation toxicologique, identification ADN, régénération des empreintes digitales ou encore rôle des dents dans l’identification des corps carbonisés.
Le Pr Rachid Belhadj, chef de service de médecine légale au CHU Mustapha d’Alger et Président de l’Académie algérienne de développement des sciences médico-légales a souligné, au micro d’Esseha, que cette journée s’inscrit dans une volonté de moderniser la discipline et de structurer la médecine de catastrophe en Algérie : « Il y a eu des communications où l’on a montré le niveau de la médecine légale en Algérie, la nécessité de développer cette discipline, avec l’apport de nouvelles techniques telle que l’imagerie médico-légale par l’utilisation du scanner post-mortem. On a abordé une nouvelle technologie que nous sommes en train de maîtriser, c’est la régénération de l’empreinte digitale sur des corps carbonisés, l’intérêt de développer la toxicologie médico-légale et aussi, le plus important, le partage d’expérience et la formation continue ».
Le spécialiste a également insisté sur la nécessité d’harmoniser les pratiques médico-légales à l’échelle nationale et renforcer la formation universitaire dans ce domaine. « La journée était très intéressante et s’est terminée sur des recommandations. Nous allons continuer, avec l’Académie, à développer les sciences médico-légales en Algérie afin de servir notre pays, notre système judiciaire et aussi de rayonner sur le plan universitaire ».
Même constat pour le Pr Massinissa Benyakoub, chef de service de médecine légale à l’Hôpital de Laghouat, qui estime que cette thématique répond directement aux défis rencontrés sur le terrain lors de catastrophes majeures. « Le choix de la thématique » intervient en réponse aux défis renouvelés auxquels font face les spécialistes dans l’identification et la prise en charge médico-légale des catastrophes, surtout compte-tenu des incendies majeurs et des catastrophes de grande ampleur. Cette rencontre a été l’occasion pour l’échange d’expériences et des connaissances entre les différentes spécialités ».
De son côté, le Pr Azzouz Djamil, médecin légiste au CHU Mustapha d’Alger, a mis en avant la dimension pratique de l’événement, notamment à travers les ateliers consacrés aux cas de foudroiement et à la découverte d’ossements calcinés. « Cela a permis l’échange d’expériences et de voir les protocoles avec les éléments de la Sûreté nationale de la wilaya de Tizi-Ouzou avec les médecins légistes », a souligné le spécialiste à Esseha. Cela a permis aussi de se mettre au diapason par rapport aux nouveaux protocoles ».
Au terme des travaux, plusieurs recommandations ont été formulées, avec pour objectif de renforcer la coordination entre les institutions et de doter l’Algérie d’outils et de protocoles unifiés en matière de médecine légale de catastrophe.
Hassina Amrouni