Prendre quotidiennement du calcium ou de la vitamine D ne suffirait pas à prévenir les fractures et les chutes chez la majorité des adultes. C’est la principale conclusion d’une vaste revue systématique et méta-analyse publiée dans la revue médicale britannique The BMJ, qui vient nuancer une pratique longtemps considérée comme un réflexe de prévention de la fragilité osseuse.
Les chercheurs ont analysé 69 essais cliniques randomisés regroupant 153 902 adultes. Ces études comparaient la prise de calcium, de vitamine D ou des deux compléments associés à un placebo ou à l’absence de supplémentation. L’objectif était de déterminer si ces produits réduisaient réellement le risque de fractures, notamment celles de la hanche et des vertèbres, ainsi que le nombre de chutes.
Les résultats sont loin de confirmer les bénéfices souvent attribués à ces compléments. La vitamine D prise seule n’a entraîné aucune diminution du risque global de fracture. Le calcium seul a été associé à une baisse limitée, tandis que l’association calcium-vitamine D n’a produit qu’un effet modeste, jugé insuffisant pour représenter un avantage réellement important pour la plupart des personnes.
Dans les études analysées, le risque relatif de fracture était de 1,00 chez les personnes prenant uniquement de la vitamine D, ce qui signifie qu’aucune différence n’a été observée par rapport aux groupes témoins. Il s’établissait à 0,91 avec le calcium seul et également à 0,91 avec l’association calcium-vitamine D, soit une réduction relative d’environ 9 %. Une différence statistique qui ne se traduisait toutefois pas par un bénéfice clinique suffisamment important pour justifier une supplémentation généralisée.
Les chercheurs n’ont pas davantage constaté d’effet significatif sur les fractures de la hanche, particulièrement graves chez les personnes âgées, ni sur la prévention des chutes. Ces résultats remettent ainsi en question l’idée selon laquelle la prise régulière de calcium ou de vitamine D pourrait, à elle seule, protéger efficacement contre les accidents et la fragilité osseuse liés à l’âge.
L’étude ne signifie pas pour autant que ces deux nutriments sont inutiles. Le calcium reste indispensable à la solidité des os, tandis que la vitamine D joue un rôle essentiel dans son absorption par l’organisme. Le message des chercheurs porte surtout sur l’intérêt limité des compléments lorsqu’ils sont pris de manière systématique, sans carence identifiée ni indication médicale particulière.
La majorité des participants aux essais vivaient à domicile et ne présentaient pas un risque particulièrement élevé de fracture. Les conclusions ne peuvent donc pas être appliquées de la même manière aux personnes souffrant d’une carence sévère en vitamine D, de malnutrition, de troubles de l’absorption digestive ou de certaines maladies osseuses. Elles ne concernent pas non plus directement les patients traités pour une ostéoporose, puisque les personnes prenant déjà des médicaments spécifiques contre cette maladie avaient été exclues de l’analyse.
Chez ces patients, les compléments de calcium et de vitamine D peuvent rester nécessaires, notamment pour accompagner un traitement contre l’ostéoporose ou corriger une insuffisance nutritionnelle. Il ne serait donc pas prudent d’interrompre une supplémentation prescrite par un médecin sur la seule base de cette étude.
Ces travaux rappellent surtout que la prévention des fractures ne peut pas être réduite à la prise d’un comprimé. Chez les personnes âgées, elle repose sur plusieurs mesures complémentaires : maintien d’une activité physique régulière, exercices d’équilibre et de renforcement musculaire, alimentation suffisante en protéines et en calcium, correction des troubles de la vue, révision des médicaments pouvant provoquer des vertiges et sécurisation du domicile.
Les tapis mal fixés, les sols glissants, l’éclairage insuffisant ou l’absence de barres d’appui peuvent, par exemple, augmenter considérablement le risque de chute. Préserver la force musculaire et l’autonomie apparaît donc au moins aussi important que la santé osseuse elle-même.
Les auteurs appellent ainsi à revoir les recommandations favorisant une supplémentation systématique en calcium et en vitamine D chez tous les adultes ou toutes les personnes âgées. Ces compléments devraient être réservés en priorité aux personnes qui présentent une carence, un besoin nutritionnel particulier ou une indication médicale clairement établie.
La conclusion est claire : pour la majorité des adultes, avaler du calcium ou de la vitamine D sans évaluation préalable ne constitue pas une assurance contre les fractures. La prévention la plus efficace reste une approche globale, fondée sur l’activité physique, une alimentation adaptée, la réduction du risque de chute et un suivi médical individualisé.
Ouiza Lataman