Cancer : l’Algérie accélère sa stratégie d’intégration scientifique et industrielle au cœur des réseaux internationaux

La lutte contre le cancer s’impose désormais comme un axe structurant de la politique de santé publique en Algérie, mais aussi comme un levier de transformation scientifique et industrielle. C’est dans ce cadre que le ministre de la Santé, le professeur Mohamed Seddik Ait Messaoudene, a reçu à Alger la directrice du Centre international de recherche sur le cancer, le professeur Elisabete Weiderpass, en marge du colloque scientifique international consacré à la recherche sur le cancer, organisé par la Commission nationale de prévention et de lutte contre le cancer.

Cette rencontre, tenue le 13 juin 2026 au Centre international des conférences Abdelatif Rahal, a réuni plusieurs acteurs institutionnels, dont le président de la commission nationale, le professeur Abdel Bounedjar, ainsi que le président du Conseil du renouveau économique algérien, Kamel Moula. Un signal clair : la lutte contre le cancer n’est plus seulement un enjeu sanitaire, mais un champ de convergence entre santé publique, recherche scientifique et développement économique.

Au cœur des échanges, le ministre de la Santé a mis en avant la transformation en cours du système de santé national, notamment à travers la numérisation accélérée du secteur. La généralisation du dossier médical électronique et l’introduction de l’identifiant national de santé sont présentées comme des outils structurants pour fiabiliser les données, améliorer la prise de décision médicale et renforcer la recherche clinique.

Dans cette même logique, les autorités sanitaires inscrivent la recherche scientifique et la recherche clinique comme pilier central de la stratégie nationale de lutte contre le cancer 2025-2035. L’objectif affiché est clair : passer d’une logique de prise en charge à une logique de connaissance, d’anticipation et d’évaluation des politiques de santé.

Le ministre a également insisté sur le rôle stratégique de la santé de proximité dans la détection précoce, à travers le renforcement des soins primaires et la multiplication des campagnes de dépistage et de sensibilisation. Une orientation qui vise à réduire les diagnostics tardifs, encore trop fréquents, et à améliorer significativement les chances de guérison.

Les discussions ont également porté sur plusieurs chantiers structurants : le développement des registres du cancer, la mise en place d’une feuille de route pour le dépistage précoce, ainsi que l’introduction progressive de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) prévue pour la période 2026-2027.

Mais au-delà du volet sanitaire, cette visite a révélé une dimension plus stratégique encore : l’intégration progressive de l’Algérie dans les réseaux internationaux de recherche sur le cancer. L’éventuelle adhésion de l’Algérie au Centre international de recherche sur le cancer est ainsi envisagée comme un levier d’accès aux données scientifiques mondiales, aux protocoles de recherche avancés et aux collaborations multicentriques.

La directrice du centre international a, pour sa part, salué les efforts engagés par l’Algérie pour moderniser son système de santé et renforcer la prévention, en particulier à travers le développement des soins de proximité et l’investissement dans le dépistage précoce. Elle a également exprimé la disponibilité de son institution à accompagner l’Algérie dans la formation des jeunes chercheurs et le renforcement des capacités de recherche.

Point notable de cette visite : la dimension intersectorielle assumée de la coopération. Le professeur Weiderpass a également été reçue par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, M. Wassim Kouidri, dans le cadre d’échanges consacrés au développement de la production locale de traitements anticancéreux et au renforcement des capacités industrielles nationales. Cette séquence confirme l’ambition de l’Algérie de relier recherche, innovation et production pharmaceutique dans une même chaîne de valeur.

Cette articulation entre santé, recherche et industrie pharmaceutique dessine une inflexion stratégique : celle d’un passage progressif d’une politique de prise en charge à une politique de souveraineté sanitaire, fondée sur la production de connaissances, la maîtrise des traitements et l’intégration dans les circuits scientifiques internationaux.

En clôture des échanges, les deux parties ont réaffirmé leur volonté de renforcer la coopération scientifique, de développer les échanges d’expertise et de structurer des partenariats durables, afin de positionner la lutte contre le cancer comme un domaine de coopération internationale renforcée et de transformation structurelle des systèmes de santé.

Tinhinane B