C’est une étude qui pourrait redessiner les standards de la radiothérapie dans les cancers ORL. Publié dans The Lancet, un essai clinique de phase III, randomisé et multicentrique, mené aux États-Unis auprès de 440 patients atteints d’un cancer de l’oropharynx localement avancé, conclut que la protonthérapie n’est pas seulement aussi efficace que la radiothérapie conventionnelle par photons : elle est mieux tolérée et pourrait améliorer la survie à long terme.
L’objectif principal de l’étude était clair : démontrer que la radiothérapie par protons modulée en intensité (IMPT) n’était pas inférieure à la radiothérapie photonique standard (IMRT) en termes de survie sans progression à trois ans. Le pari est tenu. Les taux observés sont comparables entre les deux groupes, confirmant que la précision balistique des protons ne compromet pas le contrôle tumoral.
Mais c’est sur le terrain de la tolérance que la différence se creuse. Les patients traités par protonthérapie ont présenté significativement moins de toxicités sévères, notamment des troubles de la déglutition, une sécheresse buccale marquée ou encore une lymphopénie importante. La dépendance prolongée à une sonde d’alimentation a également été réduite. Autrement dit, à efficacité équivalente, le traitement par protons préserve davantage la qualité de vie.
Plus marquant encore : l’analyse à cinq ans met en évidence un avantage en survie globale en faveur de la protonthérapie. Si l’essai était conçu sur un critère de non-infériorité, ces données ouvrent la voie à une réévaluation plus ambitieuse du positionnement des protons dans la stratégie thérapeutique.
Dans un contexte où les cancers de l’oropharynx, souvent liés au HPV, touchent des patients plus jeunes et avec une espérance de vie prolongée, la réduction des séquelles à long terme devient un enjeu majeur. Cette étude apporte ainsi un argument scientifique solide en faveur d’un accès élargi à la protonthérapie, encore limitée par son coût et la disponibilité restreinte des centres équipés.
Reste désormais aux autorités sanitaires et aux sociétés savantes à traduire ces résultats en recommandations cliniques. Une chose est sûre : la bataille entre photons et protons vient de franchir un cap décisif.
Amina Azoune
