Les congés sont censés rimer avec détente, récupération et plaisir. Pourtant, certaines personnes voient leurs vacances commencer…par un rhume, une migraine tenace, des troubles digestifs ou une fatigue écrasante.
Ce phénomène, parfois appelé « syndrome des loisirs » (leisure sickness), intrigue les médecins depuis plusieurs décennies. S’il ne s’agit pas d’une maladie officiellement reconnue, plusieurs travaux scientifiques montrent qu’il correspond à une réalité vécue par de nombreux actifs.
Le mécanisme repose en grande partie sur la manière dont notre organisme gère le stress. Pendant les périodes de forte activité professionnelle, le cerveau stimule la production d’hormones comme le cortisol et l’adrénaline. A court terme, ces substances sont utiles puisqu’elles augmentent la vigilance, mobilisent les réserves énergétiques et permettent de faire face aux contraintes. En revanche, lorsque cette sollicitation se prolonge pendant des semaines voire des mois, le corps fonctionne en quelque sorte « sous tension ».
Lorsque les vacances arrivent, cette pression retombe brutalement. Les concentrations de cortisol diminuent progressivement, ce qui favorise enfin le repos. Mais cette transition peut aussi révéler des déséquilibres qui étaient jusqu’alors masqués par l’état d’hypervigilance. Des virus contractés quelques jours auparavant peuvent alors se manifester, car leur période d’incubation coïncide avec le début des congés.Le stress chronique influence également le fonctionnement du système immunitaire, dont les réactions peuvent devenir moins efficaces ou, au contraire, plus inflammatoires lors du relâchement.
Le sommeil joue lui aussi un rôle important. Beaucoup profitent des vacances pour dormir davantage, modifier leurs horaires ou accumuler les grasses matinées. Si cette récupération est bénéfique, un changement brusque du rythme veille-sommeil peut perturber l’horloge biologique, favorisant fatigue, maux de tête ou sensation de décalage même sans voyage. A cela s’ajoutent parfois des repas plus riches, des déplacements, la chaleur ou les variations de température (notamment avec l’abus de la climatisation lors des périodes de chaleur), autant de facteurs capables de fragiliser temporairement l’organisme.
Les personnes les plus concernées sont souvent celles qui supportent une charge mentale élevée et peinent à ralentir progressivement. Certaines études suggèrent également que les individus très investis dans leur travail, perfectionnistes ou ayant tendance à ignorer les premiers signes de fatigue seraient davantage exposés.
Faut-il s’en inquiéter ? Le plus souvent, non. Ces épisodes restent bénins et disparaissent en quelques jours. En revanche, si les malaises se répètent à chaque période de repos ou s’accompagnent de symptômes importants, une consultation médicale est recommandée afin d’écarter une pathologie sous-jacente.
Pour limiter ce paradoxe des vacances, les spécialistes conseillent d’éviter une rupture trop brutale avec le rythme professionnel. Réduire progressivement la charge de travail avant le départ, conserver des horaires de sommeil relativement réguliers, pratiquer une activité physique modérée et s’accorder des moments de récupération tout au long de l’année -quand cela est possible- permettent souvent d’aborder les congés dans de meilleures conditions.
Hassina Amrouni