À l’occasion de la journée scientifique de la Société algérienne des pathologies de stress oxydatif, une voix autorisée a tenu à rappeler l’un des dangers les plus redoutés au bloc opératoire : l’infection osseuse. Le professeur Rachid Ben Bakouche, éminent spécialiste en orthopédie traumatologie et ancien chef de service au CHU de Bab El Oued, a livré un témoignage empreint d’expérience et de rigueur sur un fléau encore trop souvent sous-estimé.
« L’os se défend très mal face à l’agression microbienne », prévient le professeur. Une vérité implacable que tout chirurgien orthopédiste apprend très tôt à redouter. Dans son intervention, le Pr Ben Bakouche n’a pas mâché ses mots : « L’infection osseuse est la bête noire du chirurgien orthopédiste, notamment dans les actes prothétiques. »
Dans le domaine de la chirurgie osseuse, le moindre foyer infectieux peut avoir des conséquences dévastatrices : réinterventions, retrait de prothèse, invalidité, voire septicémie. À ces conséquences cliniques s’ajoutent un coût humain et économique élevé. « Comme le disait mon maître, le professeur Martini : infection d’un jour, infection toujours », rappelle le Pr Ben Bakouche, citant une maxime tristement vérifiée dans la pratique quotidienne.
Face à ce risque, la prévention devient une obsession salutaire. Avant toute intervention, notamment en chirurgie prothétique, un bilan infectieux rigoureux est exigé : analyse d’urines, vitesse de sédimentation, numération-formule sanguine… Tout signe d’infection, aussi discret soit-il, peut entraîner le report de l’opération.
Mais la vigilance ne s’arrête pas là. Depuis une quinzaine d’années, les protocoles se sont renforcés. L’antibioprophylaxie — l’administration préventive d’antibiotiques — débute dès l’induction anesthésique et se poursuit pendant 48 à 62 heures. « Nous utilisons aujourd’hui des molécules de troisième génération, ciblant les germes les plus redoutables », précise le professeur.
Dans ce combat silencieux contre les infections, les chirurgiens avancent en rangs serrés : hygiène stricte au bloc, conditions opératoires optimisées, suivi post-opératoire renforcé. La prévention devient une culture à part entière, un réflexe professionnel permanent. « L’infection est notre ennemi public numéro un. Chaque geste, chaque décision vise à la tenir à distance », insiste-t-il.
Le témoignage du Pr Ben Bakouche sonne comme un appel à la vigilance, mais aussi comme un plaidoyer pour une médecine plus rigoureuse, plus prévoyante, plus sûre. À travers lui, c’est toute une génération de praticiens qui appelle à ne jamais banaliser le risque infectieux, dans une Algérie en pleine mutation sanitaire.
Ouiza Lataman