Dans son nouveau numéro, l’émission « Sahtek Bin yeddik » a reçu le Dr Hiba Djourane, spécialiste en diabétologie et endocrinologie, pour aborder une question sensible : le jeûne du Ramadhan chez les patients diabétiques. Un sujet délicat, qui demande anticipation, encadrement médical et responsabilité. «Les patients diabétiques doivent consulter leur médecin avant le début du mois de Ramadhan pour savoir s’il peuvent jeûner ou non ». Selon les recommandations, cette consultation doit idéalement avoir lieu « 4 à 6 semaines avant le début du Ramadhan », l’objectif étant d’évaluer les risques et adapter, si nécessaire, le traitement.
Peut-on dresser une liste des patients autorisés à jeûner ? Pour le Dr Djourane, la réponse est non. « On ne peut pas donner une liste », explique-t-elle, rappelant que la Fédération Internationale du Diabète (IDF) et l’Alliance Diabètes et Ramadan (DaR) ont établi des recommandations basées sur une stratification des risques. A titre d’exemple, « le diabétique de type 1 est à 6 points, il présente donc un haut risque ». Pour les diabétiques de type 2, tout se décide « au cas par cas ».
Si « le jeûne est bénéfique pour la santé » et peut l’être aussi pour certains diabétiques, « on ne peut pas généraliser ». Les patients sous insuline doivent impérativement demander l’avis de leur médecin traitant. Ceux sous traitement oral peuvent jeûner sous conditions : bilan rénal satisfaisant, absence d’hypoglycémies répétées, pas de complications liées au diabète. En revanche, « un patient qui a déjà fait une hypoglycémie ou une hyperglycémie sévère ne peut pas jeûner ». Même lorsqu’il est autorisé, le jeûne n’est jamais une obligation absolue. « A la moindre sensation de malaise, il doit rompre le jeûne », rappelle la spécialiste. Le patient doit rester en contact permanent avec son médecin traitant. Car « le jeûne reste toujours un stress pour le malade diabétique », même si cette année les journées plus courtes et des températures plus clémentes constituent un avantage.
Le Dr Djourane attire aussi l’attention sur les patients dispensés de jeûne. Après le Ramadhan, les bilans glycémiques sont parfois « catastrophiques », en raison des excès alimentaires. « On ne peut pas les blâmer », reconnaît-elle, tant il est difficile de résister aux tables garnies. Elle appelle donc à la solidarité familiale : « L’idéal c’est que la famille pense à eux », en préparant « des plats sains et équilibrés pour tous ».
Côté conseils pratiques, la priorité va à l’hydratation : « Il faut essayer de boire au moins 1,5l par jour ». Et il s’agit bien évidemment d’eau, « pas de jus ou de boissons sucrées ». Les sucreries, elles, doivent être consommées « intelligemment », une fois tous les 3 ou 4 jours après le repas, et non pas pour rompre le jeûne. « Ils peuvent aussi rompre le jeûne avec une datte, pas plus », en privilégiant les cuissons au four plutôt que les fritures. Quant à l’activité physique, elle est recommandée « après le ftour ».
Hassina Amrouni