Sommeil paradoxal : un nouvel indice d’IRM pour prédire le risque de Parkinson

Une équipe internationale de chercheurs, publiée dans la revue Neurology, vient de franchir une étape décisive dans la détection précoce de la maladie de Parkinson. Grâce à un biomarqueur cérébral mesuré par IRM, appelé indice DTI-ALPS, il devient possible d’anticiper l’évolution de patients atteints d’un trouble du sommeil paradoxal, considéré comme l’un des signaux avant-coureurs de la maladie.

Le trouble du comportement en sommeil paradoxal (iRBD) se manifeste par des rêves agités, accompagnés de gestes brusques, parfois violents. Depuis quelques années, les neurologues savent qu’il constitue un signe prodromal fréquent des maladies neurodégénératives liées à l’alpha-synucléine, dont Parkinson et certaines démences. La question restait : peut-on identifier, parmi ces patients, ceux qui développeront effectivement la maladie ?

Pour y répondre, les chercheurs ont suivi plus de 250 personnes atteintes d’iRBD et près de 180 volontaires en bonne santé, répartis dans cinq centres internationaux. Ils ont utilisé une technique d’imagerie innovante, le DTI-ALPS, qui mesure la circulation des fluides le long des espaces périvasculaires du cerveau. Ce système, dit « glymphatique », joue un rôle essentiel de nettoyage : il évacue les déchets métaboliques et les protéines toxiques durant le sommeil.

Résultat : les patients présentant un indice DTI-ALPS plus faible, notamment dans l’hémisphère gauche, avaient un risque nettement plus élevé d’évoluer vers une maladie de Parkinson. Au cours du suivi, 65 patients ont « phéno-converti » — c’est-à-dire qu’ils ont effectivement développé une maladie neurodégénérative. Chez eux, la baisse du DTI-ALPS doublait quasiment le risque de conversion.

Cette découverte ouvre des perspectives majeures. Elle suggère que la défaillance du système glymphatique pourrait être un des premiers mécanismes impliqués dans l’accumulation de protéines toxiques menant à Parkinson. Si ce biomarqueur est confirmé dans de plus larges cohortes, il pourrait devenir un outil de dépistage et de suivi, permettant d’intervenir bien avant l’apparition des symptômes moteurs classiques.

Les auteurs appellent toutefois à la prudence : le DTI-ALPS ne reflète qu’une partie du fonctionnement du système glymphatique et ne saurait à lui seul prédire l’avenir de chaque patient. D’autres facteurs, environnementaux et cliniques, restent déterminants. Mais il s’agit là d’un pas important vers une neurologie prédictive, où l’on ne se contente plus de constater la maladie, mais où l’on peut envisager de l’anticiper et, peut-être demain, de la prévenir.

Nouhad Ourebzani