4 questions au professeur Keltoum Messahli

« Le refus de soins est le plus souvent en lien avec une mauvaise relation médecin-patient »

Dans le cadre d’Octobre Rose, mois de sensibilisation au dépistage et à la lutte contre le cancer du sein, il est essentiel de comprendre les craintes et réticences des femmes face à cette maladie. Le diagnostic de cancer du sein entraîne souvent des décisions difficiles concernant des traitements lourds comme la chimiothérapie ou l’ablation du sein. Pour comprendre les peurs, les doutes et les raisons poussant certaines patientes à refuser ces traitements, nous avons sollicité le professeur Keltoum Messahli, chef de service de médecine légale au CHU de Blida et présidente de la Société Algérienne de Droit Médical et d’Éthique, qui a bien voulu apporter des réponses éclairantes.

Quelles sont les principales craintes exprimées par les femmes atteintes de cancer du sein lorsqu’il s’agit d’accepter des traitements lourds comme la chimiothérapie ou l’ablation du sein ?

Les craintes des femmes atteintes de cancer du sein à propos des traitements lourds, tels que la chimiothérapie ou l’ablation, sont principalement liées au regard des autres, à la perception de leur féminité et à leur statut d’épouse. Il arrive parfois que des femmes refusent ces traitements, au grand désarroi des médecins, car ils sont souvent lourds et source d’inconfort, voire de mutilation. C’est pourquoi il est crucial que le médecin traitant prépare la patiente avant l’annonce d’un tel traitement. La relation médecin-patient est ici déterminante. Le code de déontologie algérien, qui traduit les grands principes éthiques de la pratique médicale en textes de loi, est clair à ce sujet, notamment en ce qui concerne le refus de soins. Ce dernier est souvent lié à une mauvaise relation médecin-patient. Il appartient donc au médecin de construire cette relation et de mettre le patient dans des conditions optimales avant l’annonce d’un diagnostic ou d’une thérapeutique lourde.

Comment y parvenir ?

Par la discussion et l’évaluation du profil psychologique de la patiente, de ses appréhensions, de ses attentes, de sa condition sociale et de son environnement familial. Lorsque ces aspects sont pris en compte, cela permet d’établir un climat de confiance. La confiance est la base de la relation médecin-patient. Annoncer un diagnostic ou une thérapeutique agressive est une tâche difficile, et il est primordial de tenir compte de l’état psychologique de la patiente ainsi que de ses conditions de vie. En évaluant ses souffrances, il est possible d’obtenir presque certainement son adhésion au traitement. L’éthique médicale repose sur quatre principes fondamentaux : la bienfaisance, la non-malfaisance, la justice et l’équité dans les soins, ainsi que le respect de l’autonomie du patient. La patiente doit être respectée dans son choix, tout en étant accompagnée par son médecin dans sa décision thérapeutique. Sur le plan éthique, l’indication d’une thérapeutique incombe au médecin, mais l’adhésion au protocole relève de la liberté du patient. C’est ce qu’on appelle le consentement libre et éclairé.

Comment faire face à une patiente qui pourrait refuser des soins pour des raisons sociales ou esthétiques ?

En informant la patiente de manière intelligible et loyale, conformément à la déontologie médicale. Il faut lui fournir des informations adaptées et cohérentes sur sa pathologie, ce qui est son droit le plus absolu, et sur les options thérapeutiques actuelles, y compris la possibilité de reconstruction mammaire, qui donne aujourd’hui d’excellents résultats. L’entretien avec la patiente ne sert pas seulement à informer, mais aussi à apaiser ses craintes et à l’accompagner tout au long du processus de soins. D’ailleurs, on dit souvent que « l’acte médical est certes scientifique, mais il est avant tout psychologique et social. »

Comment un médecin peut-il aborder le refus de soins tout en maintenant une relation de confiance ?

La relation médecin-patient est déterminante, en particulier dans le cas des femmes atteintes de cancer du sein. C’est elle qui garantit l’adhésion aux traitements et aux protocoles de soins. Mais la réussite d’un traitement ne repose pas uniquement sur le médecin : la société et la famille doivent aussi soutenir les femmes malades. Malheureusement, certaines femmes sont abandonnées par leurs conjoints au moment où elles subissent les affres des traitements lourds. L’éthique n’incombe pas seulement aux médecins. Comment une patiente, qui a plus que jamais besoin du soutien de sa famille et de son conjoint, peut-elle se retrouver abandonnée ? Cela augmente le taux d’échec thérapeutique ou de récidive, surtout quand les patientes sont dans un état psychologique désastreux. Le refus de soins ou l’échec thérapeutique est donc lié à plusieurs facteurs, médicaux, relationnels et environnementaux.

Propos recueillis par Ines Fouzari

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