Coqueluche : la vaccination pendant la grossesse protège les nourrissons dès les muqueuses respiratoires

Une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet Microbe apporte un éclairage inédit sur la manière dont la vaccination contre la coqueluche administrée pendant la grossesse protège les nourrissons au cours de leurs premières semaines de vie. Les chercheurs montrent que cette protection ne se limite pas aux anticorps circulant dans le sang : elle s’exprime également au niveau des muqueuses respiratoires, premier point d’entrée de la bactérie responsable de la maladie, Bordetella pertussis.

Les résultats proviennent d’un sous-projet immunologique d’un essai clinique mené en Gambie, un essai randomisé, contrôlé, en double aveugle et de phase 4 portant sur la vaccination maternelle et la réponse immunitaire des nourrissons après leur propre calendrier vaccinal. Dans cette étude, des femmes enceintes âgées de 18 à 40 ans ont été vaccinées entre la 28ᵉ et la 34ᵉ semaine de grossesse avec un vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite, le Tdap‑IPV vaccine, tandis qu’un groupe témoin recevait uniquement un vaccin antitétanique.

Après la naissance, les nourrissons ont reçu leur série de vaccinations contre la coqueluche à 8, 12 et 16 semaines. Les chercheurs ont alors analysé non seulement les réponses immunitaires dans le sang, mais aussi celles présentes dans la muqueuse nasale, grâce à des prélèvements réalisés au cours de la première année de vie. Cette approche permet d’étudier l’immunité directement au niveau des voies respiratoires, là où l’infection s’installe initialement.

Les résultats montrent que les bébés nés de mères vaccinées présentaient, dès l’âge de huit semaines et avant même leur propre vaccination, des concentrations significativement plus élevées d’anticorps spécifiques dans la muqueuse nasale. Autrement dit, l’immunité transmise par la mère ne circule pas seulement dans l’organisme du nourrisson : elle est également présente sur les surfaces respiratoires susceptibles d’entrer en contact avec la bactérie.

Les chercheurs ont également observé que la nature du vaccin administré ensuite aux nourrissons influençait la qualité de la réponse immunitaire locale. Les enfants vaccinés avec un vaccin à cellules entières développaient des réponses immunitaires mucosales plus marquées que ceux recevant un vaccin acellulaire, un résultat qui relance le débat scientifique sur les différences immunologiques entre ces deux stratégies vaccinales.

Les données confirment par ailleurs un phénomène déjà observé dans d’autres contextes : les anticorps transmis par la mère peuvent moduler la réponse immunitaire du nourrisson à ses propres vaccins. Toutefois, les chercheurs soulignent que cette interaction n’annule pas le bénéfice majeur de la vaccination pendant la grossesse, qui reste l’un des moyens les plus efficaces de protéger les nouveau-nés pendant les premières semaines de vie, période durant laquelle ils sont particulièrement vulnérables aux formes graves de la coqueluche.

Pour les auteurs, ces résultats renforcent les arguments en faveur des programmes de vaccination maternelle contre la coqueluche. En démontrant que les anticorps transmis par la mère atteignent également les muqueuses respiratoires du nourrisson, l’étude apporte une nouvelle pièce au puzzle de la protection immunitaire précoce et pourrait contribuer à orienter les stratégies vaccinales visant à réduire la charge mondiale de cette infection respiratoire potentiellement sévère chez les très jeunes enfants.

Ouiza Lataman

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