Petit-déjeuner: Est-il vraiment le repas le plus important de la journée ?

Le petit-déjeuner mérite-t-il son titre de « repas le plus important de la journée » ? La réponse est moins catégorique qu’on ne l’a longtemps affirmé. Ce qui semble en revanche beaucoup plus intéressant, c’est ce que ce premier repas apporte à l’organisme après une nuit de jeûne. Lorsqu’il est équilibré, il peut contribuer aux apports quotidiens en fibres, vitamines, minéraux et protéines et donner au corps comme au cerveau les nutriments nécessaires pour démarrer la journée.
Chez l’adulte, la question de la performance se pose. Est-on réellement moins efficace au travail lorsque l’on ne mange pas le matin ? Les études ne permettent pas d’affirmer qu’une personne qui saute le petit-déjeuner travaille moins bien. Mais elles montrent quelques effets mesurables. Une revue portant sur 38 études chez l’adulte en bonne santé a retrouvé un petit avantage en faveur du petit-déjeuner pour la mémoire, notamment la mémorisation à long terme. En revanche, les résultats concernant l’attention et les fonctions exécutives restent beaucoup plus variables.
Autrement dit, ne pas manger le matin ne transforme pas automatiquement une journée de travail moins productive. Mais lorsque le petit-déjeuner est consommé, il peut chez certaines personnes, soutenir certaines fonctions cognitives dans les heures qui suivent. Une revue récente menée chez les adultes en bonne santé conclut d’ailleurs que les données restent limitées pour déterminer un effet clair du petit-déjeuner sur les performances cognitives.
Chez l’enfant, l’enjeu est différent. Après une nuit de jeûne, un petit-déjeuner de qualité peut être particulièrement bénéfique pour soutenir l’attention et la mémoire en classe. Une revue systématique de 45 études a constaté un effet positif à court terme de la prise du petit-déjeuner sur plusieurs domaines cognitifs, notamment l’attention, la mémoire et les fonctions exécutives, avec des bénéfices plus marqués chez les enfants insuffisamment nourris.
Tous les enfants, cependant, n’ont pas faim au réveil. Faut-il alors les obliger à manger ? Pas forcément. Plutôt que d’installer un rapport de force autour de la table, les parents peuvent tenir compte de l’appétit de l’enfant et veiller à ce qu’il puisse manger plus tard dans la matinée. Une collation vers 10h peut ainsi être une solution lorsque le petit-déjeuner a été absent ou très léger. Les études montrent d’ailleurs qu’une prise alimentaire en milieu de matinée peut soutenir certaines fonctions cognitives, notamment la mémoire, même si les données restent moins solides que celles concernant le petit-déjeuner lui-même. L’idée n’est toutefois pas de remplacer le petit-déjeuner par des biscuits ou une viennoiserie.
Un fruit accompagné d’un yaourt nature, ou un petit morceau de pain avec du fromage et un fruit, constitue une collation plus intéressante sur le plan nutritionnel. Elle doit rester modérée afin de ne pas couper l’appétit au déjeuner. Chez un enfant qui refuse systématiquement de manger le matin, l’essentiel est donc moins de le contraindre que de s’assurer que ses besoins nutritionnels sont couverts au fil de la journée.
Rester une question très concrète : faut-il privilégier le sucré ou le salé ? Sur le plan nutritionnel, ce n’est pas la saveur qui fait la différence. Un petit-déjeuner sucré composé de pain complet, d’un fruit, de lait ou d’un yaourt nature peut être tout à fait adaté. Le problème apparaît lorsque le sucre provient surtout de viennoiseries, biscuits, céréales très sucrées ou boissons sucrées. A l’inverse, le petit-déjeuner salé à base d’œufs, de pain complet, de légumes et d’une quantité raisonnable de fromage peut apporter protéines et satiété, mais un repas très riche en sel ou en matières grasses n’est pas automatiquement meilleur.
Au final, le véritable critère n’est donc pas de manger sucré ou salé, mais de composer un petit-déjeuner suffisamment diversifié et nutritif.
Hassina Amrouni