Médecine et éthique: Le Dr Yacine Terkmane alerte sur une dérive préoccupante

En marge des travaux du 2ème Congrès National de la Société Algérienne de Droit Médical et d’Éthique (SADME), consacré à la réflexion sur le parcours de soins face aux enjeux juridiques et éthiques, le Dr Yacine Terkmane, Président de l’Ordre régional des médecins de Blida a livré, au micro d’Esseha, un diagnostic sans complaisance sur l’état actuel de la pratique médicale, notamment dans le secteur libéral.
Au centre de ses préoccupations figure une dérive qu’il juge de plus en plus inquiétante : « la marchandisation de l’acte médical ». Selon lui, « la médecine aujourd’hui est parfois traitée comme un bien marchand alors qu’elle n’est pas éligible aux règles du marché ou l’acte commercial ».
Le Dr Terkmane rappelle que le cadre réglementaire est pourtant explicite : « Le code de déontologie est clair : la médecine ne peut être pratiquée comme un commerce et toute forme de publicité est interdite ». Or, sur le terrain, ces principes sont régulièrement bafoués.
Les réseaux sociaux constituent, selon lui, le principal vecteur de ces dérives : « Ce qui est interdit, nous le constatons quotidiennement sur les réseaux sociaux », affirme-t-il, pointant des pratiques d’autopromotion devenues banales dans certaines spécialités.
D’abord observée en médecine esthétique, cette tendance s’est progressivement étendue. « Aujourd’hui, elle touche d’autres spécialités comme l’ophtalmologie, la gynécologie », déplore-t-il, dénonçant une « une sorte d’autoglorification des médecins face à des actes basiques », qu’il juge inacceptable.
Pour le Président de l’Ordre régional des médecins de Blida, ces comportements traduisent bien plus qu’un simple non-respect des règles. « Il s’agit d’une véritable déliquescence de l’éthique médicale », insiste-t-il, soulignant que les réseaux sociaux sont devenus des espaces propices à ces dérives.
Si les Conseils de l’Ordre sont souvent interpellés pour rétablir l’ordre, le Dr Terkmane estime que la responsabilité est collective. « La responsabilité est partagée entre l’ordre des médecins, les pouvoirs publics, à savoir le ministère de la Santé et les DSP », explique-t-il.
Il met particulièrement en cause l’absence d’exécution de certaines décisions disciplinaires. « A Blida, sur 3 années, nous avons décidé de 19 fermetures de cabinets, seules 7 ont été exécutées », révèle-t-il, soulignant les limites de l’action ordinale lorsque les décisions ne sont pas suivies d’effet.
Pour conclure, le Dr Yacine Terkmane lance un appel : « Cette question doit être prise très sérieusement en charge ». Pour lui, la défense de l’éthique médicale passe nécessairement par une application rigoureuse des lois et une coordination effective entre toutes les institutions impliquées.
Hassina Amrouni

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