El Kendi et la production locale de médicaments anticancéreux : un jalon industriel dans la pharmacie algérienne

En janvier 2025, l’industrie pharmaceutique algérienne a franchi une étape particulièrement significative avec l’inauguration d’une unité de production dédiée aux médicaments anticancéreux au sein du laboratoire El Kendi, filiale en Algérie du groupe pharmaceutique régional MS Pharma. Cette réalisation a été officiellement présentée comme une réponse industrielle à un besoin sanitaire majeur, celui de renforcer l’accès national à des traitements oncologiques essentiels qui, jusque‑là, dépendaient presque exclusivement des importations étrangères.

L’unité, située dans la zone industrielle de Rahmania à Alger, a été inaugurée par le ministre de l’Industrie et de la Production pharmaceutique en présence de plusieurs responsables publics. Elle représente un investissement d’environ sept millions de dollars, une capacité de production annuelle estimée à cinq millions d’unités, ainsi que la création directe d’une trentaine d’emplois spécialisés.

Ce projet n’est pas simplement une extension de capacité : il s’agit d’une unité spécialisée dans des produits complexes, destinés à des protocoles thérapeutiques particuliers, notamment les médicaments utilisés dans la prise en charge de certains cancers. El Kendi a exprimé son intention de développer jusqu’à 25 nouveaux produits anticancéreux au cours des trois prochaines années, dont certains seraient déjà en cours de production ou de finalisation réglementaire.

L’importance de cette réalisation se mesure à plusieurs niveaux. D’abord, sur le plan sanitaire, la disponibilité locale de médicaments anticancéreux constitue une réponse directe à l’une des préoccupations les plus aiguës du système de santé : la dépendance stratégique aux importations de traitements coûteux et sensibles. La production nationale vise à réduire cette dépendance, améliorer la continuité de l’approvisionnement et, potentiellement, influer sur les coûts pour les patients et le système de couverture sociale.

Ensuite, sur le plan industriel, cette unité s’inscrit dans un mouvement plus large d’intégration des technologies pharmaceutiques avancées en Algérie. El Kendi, qui emploie plus de 1 000 personnes et produit une vaste gamme de spécialités (comprimés, gélules, sirops, crèmes et autres formes pharmaceutiques), se positionne ainsi comme l’un des principaux acteurs locaux capables d’assumer des lignes de fabrication exigeantes.

Il faut souligner que cette unité anticancéreuse ne fonctionne pas en isolation : elle s’appuie sur un savoir‑faire industriel acquis progressivement par le groupe, ainsi que sur des transferts de technologies et des standards internationaux, reflétés notamment par des agréments ou conformités aux bonnes pratiques de fabrication. Cela dit, la dépendance à certains intrants importés, ainsi qu’à l’expertise technologique internationale, demeure une réalité industrielle pour ce type de production spécialisée, comme c’est le cas dans la majorité des industries pharmaceutiques émergentes.

Sur le plan stratégique, l’initiative traduit aussi une volonté de diversification des capacités de production locale, au‑delà des médicaments génériques classiques, vers des produits de haute technicité thérapeutique. Cette évolution pourrait à terme renforcer la place de l’Algérie dans des filières où plusieurs molécules essentielles sont aujourd’hui encore fabriquées à l’étranger, au prix d’importations coûteuses et de vulnérabilités logistiques.

Pour autant, l’impact concret de cette unité sur l’accès aux soins restera à mesurer dans le temps. La disponibilité locale ne garantit pas automatiquement une baisse des coûts ou une meilleure accessibilité pour tous les patients, notamment les plus démunis. Cela dépendra aussi des politiques de prix, des mécanismes de remboursement, des stratégies de prescription et de la coordination avec les programmes nationaux de lutte contre le cancer. De plus, l’industrialisation de 25 nouveaux produits annoncés demande des phases longues de développement, de contrôle qualité et d’enregistrement qui s’étaleront sur plusieurs années.

En somme, l’unité de production anticancéreuse d’El Kendi constitue un jalon industriel significatif et tangible dans le parcours de la pharmacie algérienne vers plus d’autonomie, sans toutefois masquer les défis structurels qui subsistent. Il s’agit d’une avancée mesurable, avec un impact potentiel réel sur l’offre de soins oncologiques, qui reste à consolider et à évaluer dans l’usage quotidien et face aux contraintes économiques et sanitaires du pays.

Tinhinane B

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