Greffe de cornée et don d’organes: Le défi persistant des prélèvements cadavériques en Algérie

Le service de médecine légale du CHU Mustapha a organisé récemment une table ronde consacrée à la greffe de la cornée et au prélèvement d’organes sur des donneurs décédés. Cette rencontre, animée par le Pr Rachid Belhadj, chef de service de médecine légale et Directeur des activités médicales et paramédicales au CHU Mustapha, a réuni plusieurs spécialistes en chirurgie, ophtalmologie, réanimation médicale, ainsi que des juristes et des représentants du mouvement associatif. L’objectif était de faire le point sur les avancées réalisées et, surtout, sur les obstacles qui continuent de freiner le développement d don d’organes en Algérie.
Rencontré en marge de cette conférence, le Pr Belhadj a rappelé, au micro d’Esseha, que « le premier prélèvement sur cadavre remonte à 1977, lorsqu’une cornée a été prélevée au CHU Mustapha par le regretté « Pr Aouchiche ». Selon lui, cette période correspondait à « l’âge d’or de la greffe de cornée ». Malgré l’adoption de plusieurs textes législatifs, notamment la loi sanitaire de 1985, amendée en 1990, puis celle de 2018 et la création de l’Agence nationale de la greffe, les spécialistes font face à des blocages. « On pensait que le blocage était religieux, mais c’est faux. Une fetwa de Cheikh Hamani autorise clairement le prélèvement de cornée ainsi que le prélèvement d’organes sur les sujets en état de mort encéphalique et sur les sujets décédés », a-t-il précisé.
Aujourd’hui, les greffes rénales et hépatiques à partir de donneurs vivants sont pratiquées mais elles restent limitées aux dons entre membres d’une même famille, avec la possibilité récente de croisement entre deux familles. Le principal frein concerne les prélèvements sur donneurs décédés ou en état de mort encéphalique. « La liste d’attente est alarmante. Plus de 10 000 non-voyants attendent une greffe de cornée, que nous sommes contraints d’importer de l’étranger », a souligné le spécialiste.
Pourtant, les moyens existent au sein du CHU Mustapha. Les participants ont insisté sur la nécessité de lutter contre les idées reçues. « Beaucoup pensent que l’œil est mutilé lors du prélèvement, alors qu’il s’agit d’une fine couche transparente, invisible après l’intervention », a encore expliqué, le Pr Belhadj. Il a également évoqué la difficulté de convaincre les familles dans des situations d’urgence : « Certaines considèrent qu’une personne en état de mort encéphalique est encore vivante, alors que nous ne disposons que de 24h pour intervenir ».
Le débat a aussi porté sur le registre national de refus, géré par l’ANG, qui prévoit que toute personne non inscrite est présumée donneuse. Selon le Pr Belhadj, les participants à la table ronde ont recommandé d’intensifier la sensibilisation du public. Parmi les propositions également formulées, l’idée d’aborder la question du don d’organes dès l’hospitalisation du patient. « Il faut une sensibilisation à tous les niveaux. Le sujet doit être discuté en famille car il reste encore tabou », a insisté le spécialiste, ajoutant que cette table ronde a permis de souligner l’importance d’améliorer la qualité des soins d’urgence et de la prise en charge hospitalière, considérées comme la « vitrine » du système de santé.
Hassina Amrouni

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