28e Congrès de la SAPP: Décryptage des enjeux par des professionnels

À l’occasion du 28e Congrès national de la Société algérienne de pneumo-phtisiologie (SAPP), spécialistes et praticiens se sont réunis pour faire le point sur les avancées et les défis liés aux pathologies respiratoires. Entre réflexion scientifique et partage d’expériences, les interventions ont mis en lumière la nécessité d’une prise en charge globale, intégrant prévention, diagnostic précoce et collaboration pluridisciplinaire.
D’emblée, le Pr Samia Taright-Mahi, présidente de la SAPP, a donné leton en mettant en avant le choix du thème central. « « Nous avons choisi pour ce congrès de parler de la prise en charge holistique des maladies respiratoires, sans oublier l’aspect préventif « , a-t-elle expliqué au micro d’Esseha. Elle a également insisté sur l’ouverture de la spécialité aux autres disciplines : « nous ne pouvons pas aborder ces maladies uniquement du point de vue de notre spécialité », soulignant la nécessité d’« assurer une prise en charge complète et améliorer le parcours de soin du patient ».
Le Pr Abdelmadjid Snober, chef de service de pneumologie au CHU d’Oran et vice-président de la SAPP, a rappelé pour sa part, l’importance de cette approche. « Cette édition s’inscrit dans une démarche pluridisciplinaire de la prise en charge de la BPCO, une pathologie qui pose de réels problèmes de morbi-mortalité et qui comporte un risque cardiovasculaire », a-t-il expliqué. D’où la présence de cardiologues lors de ce congrès, dans l’objectif de renforcer la coopération entre spécialistes. « L’infarctus du myocarde et l’insuffisance cardiaque figurent parmi les principales causes de décès chez les patients atteints de BPCO », a-t-il précisé.
Au-delà des traitements médicamenteux, l’accent a été mis sur une approche plus globale du patient. « Nous avons insisté sur le traitement non pharmacologique, notamment la réhabilitation respiratoire, l’activité physique et une alimentation équilibrée », a ajouté le spécialiste. La lutte contre le tabagisme demeure également un axe central. Pour le Pr Snober, « la concertation entre pneumologues, cardiologues et internistes est essentielle pour assurer une prise en charge complète ».
Cette vision globale a été largement développée par le Dr Omar Mehsas, pneumologue à Constantine. Il a souligné que « ce congrès vient rassembler toute la famille de la pneumologie algérienne », autour d’une approche qui remet le patient au centre. Selon lui, malgré les avancées technologiques, « nous avons parfois occulté l’essentiel de notre pratique », en se focalisant sur les symptômes ou les organes. Rappelant que la santé, selon l’OMS, est « un état complet physique, mental et social », il a plaidé pour un retour aux fondamentaux : « un bon interrogatoire et un bon examen nous permettent d’orienter l’exploration, mais pas l’inverse ». Il a également insisté sur l’importance du dépistage et de la prévention, s’inspirant notamment de l’expérience de la lutte contre la tuberculose en Algérie.
De son côté, le Pr Ali Lounici, interniste à Tlemcen, s’est penché sur les comorbidités associées aux pneumopathies interstitielles diffuses. « Leur fréquence est souvent élevée, mais elles sont parfois négligées, ce qui prive le patient d’une prise en charge optimale », a-t-il regretté. Parmi ces complications figurent les infections virales, microbiennes ou fongiques. « La vaccination contre la grippe et le pneumocoque constitue un message essentiel », a-t-il insisté.
Il a aussi évoqué les pathologies cardiovasculaires associées, ainsi que le reflux gastro-œsophagien, notamment en cas de sclérodermie, ou encore l’apnée du sommeil. « Il est indispensable de poser un diagnostic et de donner le traitement adéquat », a souligné le spécialiste. Sans oublier l’impact psychologique : « la dépression est présente dans environ 20 % des cas et l’anxiété dans 25 % ». Leur prise en charge est, selon lui, indispensable pour améliorer la qualité de vie. Au total, « six pathologies doivent obligatoirement être recherchées pour optimiser le traitement de la PID », a-t-il conclu.
Toujours sur le canal Esseha, le Pr Benattou Ziane, chef de service de pneumologie au CHU de Tlemcen, a mis en avant la richesse du programme scientifique. « La SAPP est la plus ancienne association scientifique au niveau national. Le programme de cette édition était très riche, avec des ateliers et des communications de grande qualité », a-t-il indiqué. Plusieurs thématiques majeures ont été abordées, notamment l’asthme, « en nette augmentation en raison de la pollution environnementale et domestique », la BPCO, le cancer du poumon, l’apnée du sommeil et la fibrose pulmonaire. « Tous les participants ont bénéficié de ce programme enrichissant », a-t-il affirmé.
Enfin, le Dr Mohamed Tahar Aissani, pneumologue et membre de la SAPP, est revenu sur un projet original mêlant mémoire et médecine. Ce projet contre l’oubli vise à retracer l’histoire de la lutte contre les maladies respiratoires en Algérie. « Il rend hommage à tous ceux qui ont contribué à l’édification du système de santé, notamment dans le domaine de la tuberculose », a-t-il souligné. Toujours via Esseha, il a lancé un appel : « toute personne disposant d’archives ou de témoignages est invitée à contribuer à ce projet, que nous souhaitons porter à une dimension internationale ».
Hassina Amrouni

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