Une femme dont plusieurs proches ont développé un cancer du sein peut-elle être rassurée par un test génétique négatif ? Pas nécessairement. Une vaste étude canadienne montre que le risque de développer la maladie reste parfois élevé chez les femmes ne présentant aucune mutation identifiée dans les gènes BRCA1 et BRCA2. Ses résultats rappellent que les antécédents familiaux demeurent un élément déterminant dans l’évaluation du risque et l’organisation du suivi médical.
Un résultat négatif à un test génétique est souvent perçu comme une bonne nouvelle. Pourtant, sa signification dépend de la raison pour laquelle l’examen a été réalisé, des anomalies recherchées et de l’histoire médicale de la famille. Ne pas présenter de mutation détectable dans les gènes BRCA1 et BRCA2 ne signifie pas nécessairement être à l’abri d’un cancer du sein.
C’est ce que souligne une étude publiée le 30 juillet 2026 dans la revue scientifique américaine JAMA Network Open. Les chercheurs ont analysé les données de femmes ayant bénéficié d’un test génétique au Canada entre 2007 et 2016, puis suivi les diagnostics de cancer enregistrés jusqu’en septembre 2024.
L’analyse a porté sur 41 786 femmes pour l’évaluation du risque de cancer du sein et 79 656 pour celui du cancer de l’ovaire. Elle a permis de comparer les risques selon les résultats des tests BRCA, tout en tenant compte de la présence éventuelle de cancers dans la famille.
Les chercheurs ont notamment observé que, parmi les femmes ayant obtenu un résultat négatif, celles qui comptaient au moins deux parentes du premier degré atteintes d’un cancer du sein présentaient un risque cumulé estimé à 42,6 % jusqu’à 80 ans. Ce risque était de 28,2 % lorsqu’une seule parente du premier degré avait été touchée et de 21,1 % en l’absence de tels antécédents.
Ces chiffres ne doivent toutefois pas être interprétés comme les probabilités applicables à toutes les femmes ayant reçu un test négatif. Ils concernent une population orientée vers des examens génétiques, notamment en raison de facteurs de risque particuliers, et ne sont donc pas représentatifs de l’ensemble de la population féminine.
L’étude apporte également une distinction essentielle. Lorsqu’une mutation BRCA responsable d’un risque familial a déjà été identifiée et qu’une femme ne l’a pas héritée, son résultat est considéré comme un véritable négatif familial. Les chercheurs ont observé que ces femmes présentaient des risques proches de ceux de la population générale.
La situation est différente lorsqu’aucune mutation responsable n’a été identifiée dans la famille. Un résultat négatif ne permet alors pas d’exclure une prédisposition héréditaire liée à d’autres gènes, ni de prendre en compte à lui seul l’ensemble des facteurs susceptibles d’influencer le risque.
Les spécialistes rappellent que BRCA1 et BRCA2 ne sont pas les seuls gènes impliqués dans les prédispositions héréditaires au cancer du sein. D’autres anomalies génétiques peuvent intervenir, tandis que l’âge, les antécédents familiaux et certains facteurs hormonaux ou personnels contribuent également à l’évaluation du risque.
Pour les femmes concernées, ces résultats renforcent l’intérêt d’une consultation spécialisée en oncogénétique lorsque plusieurs cancers du sein ou de l’ovaire ont été diagnostiqués dans la famille, particulièrement à des âges jeunes. Une telle consultation permet d’interpréter les résultats des tests et de déterminer si une surveillance adaptée ou des investigations complémentaires sont justifiées.
L’enjeu n’est donc pas de multiplier les examens génétiques sans indication, mais d’éviter qu’un résultat négatif soit interprété comme une garantie absolue. En matière de risque familial de cancer du sein, le test génétique apporte une information précieuse, mais il ne remplace pas l’analyse de l’histoire médicale de la famille.
Ouiza Lataman
