Une étude clinique de grande ampleur publiée dans la revue JAMA relance le débat sur les stratégies de dépistage du cancer du sein, en suggérant qu’une approche fondée sur le risque individuel pourrait être aussi sûre que le dépistage annuel systématique, tout en étant potentiellement moins contraignante pour de nombreuses femmes.
L’essai randomisé WISDOM (Women Informed to Screen Depending On Measures of risk) a inclus plus de 28 000 femmes âgées de 40 à 74 ans, sans antécédent de cancer du sein. Les participantes ont été réparties entre deux stratégies : un dépistage annuel classique par mammographie et un dépistage personnalisé basé sur l’évaluation du risque individuel, intégrant des facteurs cliniques, familiaux et génétiques, dont des scores polygéniques.
Dans le groupe bénéficiant de la stratégie personnalisée, la fréquence et le type des examens variaient selon le niveau de risque. Les femmes à risque élevé pouvaient bénéficier d’une surveillance rapprochée, incluant parfois une imagerie par IRM, tandis que celles à faible risque pouvaient espacer les examens, voire retarder le début du dépistage. Cette approche visait à concentrer les ressources médicales sur les profils les plus exposés, tout en limitant les examens inutiles chez les femmes à faible risque.
Après un suivi médian de plus de cinq ans, les chercheurs n’ont pas observé de différence significative entre les deux groupes en ce qui concerne la détection des cancers du sein à un stade avancé. Le dépistage fondé sur le risque s’est révélé non inférieur au dépistage annuel classique pour l’identification des cancers agressifs, un critère central en santé publique.
Un autre enseignement notable concerne la réduction du nombre de mammographies chez les femmes à faible risque dans le groupe personnalisé. Cette diminution s’est traduite par une moindre exposition aux radiations et un allègement du parcours de soins, sans augmentation mesurable du risque de diagnostic tardif. En revanche, le nombre de biopsies réalisées est resté comparable entre les deux stratégies, soulignant que la personnalisation du dépistage ne réduit pas nécessairement les investigations invasives.
Pour les auteurs, ces résultats confirment que le modèle « unique pour toutes » du dépistage annuel pourrait évoluer vers une approche plus nuancée, mieux adaptée aux profils individuels. À l’heure où la médecine personnalisée progresse rapidement, cette stratégie pourrait permettre d’optimiser l’efficacité des programmes de dépistage, de réduire les effets indésirables et d’améliorer l’acceptabilité du suivi chez les femmes.
L’étude souligne toutefois que la mise en œuvre d’un dépistage basé sur le risque suppose un accès équitable aux outils d’évaluation, notamment génétiques, ainsi qu’un accompagnement médical renforcé pour garantir une compréhension éclairée des choix proposés. Elle ouvre ainsi la voie à une réflexion plus large sur l’avenir des politiques de prévention du cancer du sein, entre efficacité collective et individualisation des soins.
Nouhad Ourebzani
