La capacité des bétalaines, pigments végétaux présents dans les figues de Barbarie et les betteraves, à neutraliser le cancer et la maladie d’Alzheimer est au centre d’une thèse de doctorat à l’Université de Murcie. Les bétalaïnes sont des pigments végétaux qui donnent leur couleur rouge à la betterave et sa couleur si particulière à la figue de Barbarie. En plus, ces pigments présentent des propriétés intéressantes d’un point de vue pharmacologique, pour lutter contre des maladies telles que le cancer et la maladie d’Alzheimer. Cependant, aucun médicament disponible pour le moment sur le marché n’est basé sur ces composés. Leurs effets et leurs capacités à guérir ou lutter contre ces maladies nécessitent des études approfondies.
Bien que ces dernières années, des études ont mis en évidence dans ces pigments des propriétés anti-inflammatoires, antioxydants, vasoprotecteurs, cardio protecteurs, les tests ont été effectués avec des extraits riches en bétalaines mais dans lesquels de nombreux autres composés provenant des plantes sont présents.
Pour cette raison, Pedro Martínez Rodríguez, un chercheur en formation à l’université de Murcie, a décidé de concentrer sa thèse de doctorat sur l’étude des bétalaines isolées, dans le but de découvrir si ces effets bénéfiques pour la santé proviennent des pigments eux-mêmes ou de la synergie de ces bétalaines avec d’autres composants de la plante.
Pedro Martínez qui bénéficie d’un financement de la Fondation Séneca, réalise cette thèse dans le groupe de recherche en biochimie et biotechnologie enzymatique de la Faculté de biologie de l’Université de Murcie, sous la direction de Fernando Gandía Herrero. Cette équipe a développé une technique biotechnologique enzymatique, qui lui permet de synthétiser et de produire des bétalaïnes de manière isolée et même de les fabriquer avec des propriétés bien déterminées, en raison de l’inclusion de nouvelles molécules.
Le chercheur explique que « Lors d’une revue de littérature scientifique, nous avons réalisé que l’un des effets les plus intéressants des bétalaines, mais qui est curieusement l’un des moins étudiés, est la neuroprotection contre la maladie d’Alzheimer ».
Dans la recherche qu’il mène, il utilise des bétalaïnes isolées, qui sont données dans le cadre de la nourriture de nématodes, un modèle de vers dans lesquels la maladie d’Alzheimer a été reproduite.
Dans ses expériences, il a constaté que les vers qui reçoivent des bétalaïnes dans le cadre de leur alimentation ont une amélioration significative de leurs capacités cognitives. « Si ce ver malade est placé sur une plaque à côté d’une substance qui l’attire, ce ver de la lignée atteint de la maladie d’Alzheimer se trompe et n’ira pas à la substance qui l’attire. Si nous traitons ce ver avec des bétalaines et que nous le mettons à côté de la substance qu’il aime, il avance dans sa direction , c’est-à-dire qu’il améliore ses capacités cognitives », dit-il.
Le succès du pigment est dû au fait qu’il agit sur la même origine que la maladie d’Alzheimer. Cette maladie est causée par une accumulation de la protéine bêta-amyloïde. Ces pigments provoquent la désagrégation des concentrations de protéines à l’origine de cette maladie.
Le groupe de recherche sur la biochimie et la biotechnologie enzymatique a développé des modèles transparents de ces vers, dans lesquels «les protéines bêta-amyloïdes ont un aspect fluorescent, et les concentrations sont parfaitement observées, comme on voit également qu’en présence des bêta-laïnes, les désagrégations des protéines sont produites par l’effet du pigment».
Pour l’instant, explique Pedro Martínez, il s’agit d’expériences très préliminaires, mais des résultats prometteurs ont été obtenus, qui pourraient ouvrir la voie pour le développement de médicaments efficaces contre la maladie d’Alzheimer.
L’autre piste poursuivie par cette recherche est l’action antitumorale des bétalaïnes. Ces pigments ont une capacité antioxydante, anti-inflammatoire et aussi proapoptotique, c’est-à-dire qu’ils sont capables d’induire la mort cellulaire. « Une tumeur est définie par une croissance cellulaire excessive. Si vous inhibez cette croissance et que vous faites mourir la cellule, vous la neutralisez. De plus, les bétalaïnes réduisent l’angiogenèse, qui est la capacité à produire des vaisseaux sanguins. Si une tumeur a cette capacité, la masse cellulaire est « noyé » et plus facile à éliminer », ajoute Pedro Martínez.
Pour l’instant, ces pigments ne sont pas utilisés dans l’industrie pharmaceutique, mais dans l’industrie alimentaire comme colorants. Le groupe de recherche de l’Université de Murcie a déjà breveté des bétaxantines, un type de bétalaïnes, dérivées du tryptophane et de la phényléthylamine, comme un éventuel médicament antitumoral. Il n’a pas encore été commercialisé, mais de nombreuses études confirment les effets antitumoraux de ces composés obtenus à partir des plantes.
Tinhinane B
