L’Institut national de santé publique (INSP) a rendu public son premier rapport national sur la prévalence des infections associées aux soins (IAS) et l’utilisation des antimicrobiens dans les CHU, offrant une photographie inédite et détaillée de la situation en 2025.
Réalisée entre le 3 et le 28 février 2025, cette enquête d’envergure nationale a concerné l’ensemble des 16 CHU du pays, avec un taux de participation des services atteignant 98 % et un échantillon de 5 177 patients hospitalisés.
Les résultats révèlent une prévalence globale des infections associées aux soins de 6 %, soit 312 patients infectés, avec un total de 328 infections recensées. Cette moyenne, bien que comparable à certaines estimations internationales, confirme le poids significatif de ces infections dans le système hospitalier national, en particulier en termes de morbidité, de durée d’hospitalisation et de coûts de prise en charge.
Les infections du site opératoire arrivent en tête, représentant 29,3 % des cas, suivies des infections respiratoires basses, notamment les pneumonies (23,2 %). La prévalence varie fortement selon les services : elle atteint 13,9 % en soins intensifs, contre 7 % en chirurgie, 5 % en obstétrique et 3,5 % en médecine.
L’étude met également en évidence des disparités régionales, les régions Est et Ouest affichant les taux les plus élevés (7 %), avec un pic enregistré au CHU de Tlemcen atteignant 10,8 %.
Sur le plan des facteurs de risque, plusieurs éléments majeurs ressortent : une durée d’hospitalisation supérieure à 7 jours, un état clinique sévère (score ASA élevé), l’immunodépression ou encore la dénutrition. L’utilisation de dispositifs invasifs constitue toutefois le principal facteur aggravant, notamment les cathéters veineux centraux, la ventilation invasive ou les sondes urinaires, multipliant significativement le risque d’infection.
L’analyse microbiologique révèle une prédominance des bactéries à Gram négatif (71,7 % des cas identifiés), avec en tête Klebsiella pneumoniae (18,8 %), Acinetobacter baumannii (17,5 %) et Pseudomonas aeruginosa (11,7 %). Ces agents pathogènes sont connus pour leur capacité à développer des résistances multiples, ce que confirme l’étude.
Les niveaux de résistance aux antibiotiques apparaissent particulièrement préoccupants : près de 70 % des entérobactéries sont résistantes aux céphalosporines de troisième génération, tandis que la résistance aux carbapénèmes atteint 22,6 %. Chez Acinetobacter baumannii, ce taux grimpe à 92,7 %, illustrant l’ampleur de la menace. L’indice global de résistance aux antimicrobiens est estimé à 63,7 %.
Parallèlement, l’enquête met en lumière une utilisation massive des antimicrobiens dans les hôpitaux algériens : 54,6 % des patients reçoivent au moins un antibiotique, avec une moyenne de 1,59 traitement par patient. Les principales indications concernent les infections communautaires (52,7 %), les IAS (10,3 %) et la prophylaxie chirurgicale (24,4 %).
Un point particulièrement critique réside dans la durée excessive des prophylaxies chirurgicales : 76,6 % d’entre elles dépassent 24 heures, en contradiction avec les recommandations internationales.
Les céphalosporines de troisième génération dominent largement les prescriptions (25,8 %), suivies du métronidazole et des fluoroquinolones, tandis que les carbapénèmes sont majoritairement réservés aux infections associées aux soins.
Au-delà des chiffres, ce rapport constitue une étape majeure pour le système de santé algérien. Il offre une base de référence nationale indispensable pour renforcer la surveillance épidémiologique, améliorer les pratiques hospitalières et promouvoir un usage plus rationnel des antibiotiques.
Face à la montée des résistances antimicrobiennes, désormais reconnue comme une menace mondiale, les résultats de cette enquête appellent à une mobilisation accrue des autorités sanitaires et des professionnels de santé pour améliorer la prévention des infections et sécuriser les soins dans les établissements hospitaliers.
Nouhad Ourebzani
