Des traces virales découvertes dans le cerveau de patients schizophrènes : une piste biologique qui interroge

Et si certaines maladies mentales avaient, en partie, une origine infectieuse ? C’est l’hypothèse audacieuse qu’ouvre une récente étude menée par des chercheurs de l’Université Temple (États-Unis), après la découverte de séquences génétiques virales dans le cerveau de patients atteints de schizophrénie. Publiée dans la revue scientifique PLOS Pathogens, cette étude met en lumière la présence du virus de l’herpès humain de type 6 (HHV-6) dans la fine membrane recouvrant le cerveau, la pie-mère, chez plusieurs patients schizophrènes – et ce, à des niveaux significativement plus élevés que chez des individus non atteints.

Le HHV-6 est un virus courant, généralement contracté dans l’enfance, souvent sans symptômes graves. Mais chez les patients schizophrènes étudiés, les chercheurs ont non seulement détecté des traces génétiques du virus, mais aussi des signes d’activité immunitaire anormale dans la zone concernée. Un indice qui pourrait suggérer que l’infection virale n’est pas qu’un vestige inoffensif, mais peut-être un élément perturbateur actif du fonctionnement cérébral.

Ces résultats relancent les débats sur les liens entre système immunitaire, infections latentes et troubles psychiatriques. Car si la schizophrénie est traditionnellement abordée sous l’angle neurobiologique ou génétique, cette étude vient rappeler qu’un facteur infectieux ou inflammatoire pourrait aussi jouer un rôle, au moins chez certains patients. Les auteurs se montrent prudents : il ne s’agit pas de désigner le HHV-6 comme “la cause” du trouble, mais de souligner une association troublante qui mérite d’être explorée.

En filigrane, c’est tout un champ de la recherche psychiatrique qui s’ouvre : celui d’une médecine mentale où le virus, la réponse immunitaire et l’environnement interagiraient de manière bien plus complexe qu’on ne le pensait. Et si les résultats venaient à être confirmés à plus grande échelle, ils pourraient à terme orienter de nouvelles stratégies de prévention ou de traitement, incluant par exemple des approches antivirales ou immunomodulatrices.

Entre neurosciences et infectiologie, cette découverte vient ainsi bousculer une frontière longtemps jugée infranchissable : celle qui séparait le “mental” du “biologique”.

Ouiza Lataman

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