A l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, l’émission « Stéthoscope » diffusée sur les ondes de la Chaîne III et animée par la journaliste Celia Labou, a mis en avant l’importance de la « prévention ». Le plateau a accueilli des spécialistes qui ont éclairé les auditeurs sur certains cancers parmi les plus répandus au sein de la population algérienne. Des conseils avisés ont également été prodigués pour une prise en charge en amont de cette maladie du siècle.
Selon le Dr Kamel Kadri, spécialiste en médecine interne à l’hôpital Birtraria et également nutritionniste : « il y a une quarantaine d’année, nous étions confrontés aux maladies transmissibles comme les maladies infectieuses ou les maladies à transmission hydrique, nous avons connu les épidémies de fièvre typhoïde, de choléra mais à un certain moment, nous avons assisté à la régression de ces maladies et à l’émergence d’autres pathologies comme le diabète, les cancers, les maladies cardiovasculaires,…etc ».
Selon lui, cette transition épidémiologique est due à deux facteurs : en l’occurrence « la transition démographique avec une inversion de la pyramide des âges et un allongement de l’espérance de vie qui est passée de 47 ans dans les années 60 à 67 ans en 2020. Le 2e facteur ayant contribué à cette transition épidémiologique, c’est la transition nutritionnelle où on est passé d’un régime méditerranéen qui était un modèle nutritionnel à l’époque -puisqu’on avait les taux les plus bas de cancers et de maladies cardiovasculaires malgré des moyens sanitaires très peu développés- au mode de vie occidental et nous sommes en train d’en payer le prix aujourd’hui ».
Chirurgienne en oncologie, spécialisée dans le sein, le Pr Hamida Guendouz s’est appuyée dans son intervention sur quelques chiffres qu’elle a qualifié d’« effarants » car a-t-elle fait savoir « on est passé d’une faible incidence de 20 pour 100 000 femmes par an dans les années 1990 à 80 pour 100 000 femmes. On se rapproche des taux connus dans les pays occidentaux et cela fait peur. C’est vrai qu’on a fait beaucoup de progrès sur le plan thérapeutique d’autant que le plan anti-cancer national a donné la priorité au dépistage. Nous espérons néanmoins qu’il y aura des dépistages ciblés pour découvrir des stades de plus en plus précoces », a-t-elle ajouté.
Sur un ton optimiste, la spécialiste a noté que « dans les années 2005 et 2006, les femmes arrivaient en consultation à des stades tardifs et métastatiques, aujourd’hui, on a fait des progrès extraordinaires puisqu’on a de plus en plus de stades qu’on ne palpe pas et on est obligé de faire un repérage radiologique pour aller enlever la tumeur.
L’intervention est certes plus délicate mais cela nous rassure car la femme a de moins en moins peur de venir consulter car elle sait qu’on ne va pas enlever le sein ». Concernant le taux de guérison, le Pr Guendouz a relevé que « le taux de survie globale est aujourd’hui à 92%, et il y a des survies sans récidive, nous sommes à 88 %. Les chiffres sont encourageants mais il est temps de passer à l’étape suivante, celle de ne pas faire de cancer du tout. Pour cela, il faut encourager les femmes à se faire dépister ».
Evoquant dans son intervention les cancers colorectaux, très répandus en Algérie, le Dr Zaidi, oncologue à la Clinique Beau-Fraisier d’Alger, a d’abord pointé du doigt nos mauvaises habitudes alimentaires et l’absence d’une bonne hygiène de vie avant de revenir sur les signes annonciateurs d’un cancer colorectal. Pour le Dr Zaidi même si on aurait tendance à « occulter certains signes, il y a certains symptômes au début de la maladie qu’il ne faut absolument pas négliger comme une rectorragie (sang dans les selles), car c’est un cancer colorectal jusqu’à preuve du contraire.
Il doit conduire à la réalisation d’une coloscopie totale à la recherche d’une éventuelle lésion ou de lésions pré-cancéreuses. Et même lorsqu’il n’y a pas de sang dans les selles, la réalisation d’un hemoccult permet de rechercher des traces de sang dans les selles et de poser un diagnostic beaucoup plus précoce. Une démarche d’autant plus nécessaire lorsqu’on a des antécédents familiaux de cancers du côlon ».
Pour ce qui est du cancer de la prostate qui occupe une place prépondérante chez nous, puisqu’il survient même chez les sujets jeunes chez qui il est très agressif, le Dr Zaidi rappelé encore une fois l’importance du dépistage pour éviter une prise en charge tardive de la maladie.
Même s’ils ne figurent pas en haut de la liste des cancers touchant la population algérienne, les cancers de la sphère ORL ont également été évoqués lors de cette émission spéciale. Le Pr Fatiha Hamdis, spécialiste en ORL au CHU Mustapha Pacha d’Alger, a ainsi fait savoir au cours de son intervention que ce type de cancers constitue 12 à 15% de l’ensemble des cancers de l’organisme. Et selon l’intervenante, « n’importe quel signe qui peut amener une personne à consulter ne doit pas être pris de façon banale par le praticien, surtout chez une certaine population-cible (fumeurs, certains métiers…) ». S’adressant à ses confrères, elle a préconisé « un examen complet de la sphère ORL surtout que l’Algérie est un pays d’endémie du cancer du cavum ».
Enfin, le Dr Kadri a relevé en fin d’émission l’importance d’une bonne hygiène de vie : « une bonne hygiène de vie, ce n’est pas un régime », a-t-il dit avant préciser que « c’est une alimentation, variée, modérée et qui s’inscrit dans la durée. C’est un comportement à adopter dès le jeune âge et dans tous les milieux de vie ».
Pour conclure, le Dr Kadri a rappelé que le sucre constitue le « carburant » des cellules cancéreuses. Tout comme les graisses, les viandes rouges, le sel, ou les perturbateurs endocriniens.
Hassina Amrouni
