Dans le cadre de l’initiative Octobre Rose, dédiée à la sensibilisation au dépistage et à la lutte contre le cancer du sein, nous avons eu l’opportunité d’échanger avec le docteur Amina Abdelouahab, sénologue, sur cette maladie en Algérie.
Quels sont les principaux défis que rencontrent les femmes en Algérie en matière de dépistage précoce du cancer du sein, et comment pouvons-nous améliorer l’accès à ces services de dépistage dans les régions les plus reculées du pays ?
Le principal défi pour le dépistage précoce du cancer du sein en Algérie réside dans l’inégalité d’accès aux services de santé, particulièrement dans les régions reculées. Le manque d’infrastructures spécialisées et la pénurie de personnel formé pour le dépistage, tels que les radiologues spécialisés en imagerie mammaire, rendent difficile la réalisation d’examens comme la mammographie dans ces zones. De plus, les coûts associés à ces examens restent un frein pour de nombreuses femmes à faible revenu. Pour améliorer l’accès au dépistage dans les régions reculées, il est essentiel de mettre en place des campagnes de dépistage mobile en collaboration avec les associations et les autorités sanitaires locales. Il est également crucial de former davantage de professionnels de santé en matière de dépistage et de diagnostic du cancer du sein, en impliquant massivement les médecins généralistes, les techniciens supérieurs de la santé et les sages-femmes. Enfin, il faut sensibiliser la population à l’importance du dépistage et du diagnostic précoce à travers des campagnes locales, des journées portes ouvertes dans les hôpitaux et des initiatives telles qu’Octobre Rose.
En tant que spécialiste, avez-vous constaté une augmentation de la sensibilisation au cancer du sein depuis le lancement d’initiatives comme Octobre Rose en Algérie ? Quels progrès ont été réalisés et quelles sont les prochaines étapes à franchir ?
Depuis le lancement d’initiatives telles qu’Octobre Rose, il y a eu une nette augmentation de la sensibilisation au cancer du sein en Algérie. Grâce aux efforts de sensibilisation, notamment via les médias, les réseaux sociaux et les événements locaux, de plus en plus de femmes prennent conscience de l’importance du dépistage et de l’auto-palpation. Les associations de lutte contre le cancer et les structures de santé ont également joué un rôle crucial en diffusant des informations sur la prévention et en organisant des consultations gratuites ou à prix réduit.
Cependant, malgré ces avancées, des défis subsistent, en particulier pour atteindre les populations plus isolées et améliorer la compréhension des symptômes précoces. Il est également nécessaire de renforcer l’éducation des jeunes femmes afin qu’elles acquièrent une culture sanitaire et des bonnes pratiques de prévention dès la puberté. Les progrès en matière de lutte contre le cancer du sein impliquent l’amélioration de l’accès aux soins, avec l’ouverture de centres spécialisés en oncologie dans plusieurs grandes villes, ainsi que la formation continue du personnel médical en sénologie. Le soutien des associations a également permis de faire reculer la stigmatisation entourant la maladie. Parmi les prochaines étapes à franchir, on peut citer la création d’un réseau national de prise en charge du cancer du sein, l’ouverture de centres régionaux spécialisés dans le dépistage et le traitement du cancer, et la mise en place d’un registre national du cancer du sein pour mieux comprendre les tendances épidémiologiques.
Quels sont les principaux facteurs de risque du cancer du sein observés chez les femmes algériennes, et dans quelle mesure les modes de vie ou les habitudes alimentaires spécifiques au pays peuvent-ils influer sur ces risques ?
Les principaux facteurs de risque du cancer du sein chez les femmes algériennes sont similaires à ceux observés à l’échelle mondiale : antécédents familiaux, âge avancé, antécédents de cancer, ménarche précoce, ménopause tardive, traitement hormonal substitutif de la ménopause au-delà de cinq ans, absence de grossesses ou grossesses tardives, absence d’allaitement, etc. Cependant, les modes de vie et les habitudes alimentaires peuvent également jouer un rôle. En Algérie, l’urbanisation croissante, l’alimentation riche en graisses et en sucres, la sédentarité, ainsi que l’augmentation de l’obésité, constituent des facteurs de risque non négligeables. Il est important de promouvoir un mode de vie sain, avec une alimentation équilibrée, riche en fruits et légumes, et une activité physique régulière pour réduire ces risques.
En conclusion, la lutte contre le cancer du sein en Algérie doit être renforcée par une meilleure accessibilité aux services de santé, une sensibilisation accrue et des stratégies visant à réduire les facteurs de risque liés au mode de vie.
La prise en charge des patientes atteintes de cancer du sein a-t-elle évolué en Algérie ces dernières années, notamment en ce qui concerne l’accès aux traitements modernes ? Quels sont les besoins prioritaires en matière de recherche et de ressources médicales pour mieux traiter cette maladie ?
La prise en charge des patientes atteintes de cancer du sein en Algérie a progressé avec l’introduction de traitements modernes comme la chimiothérapie, la tomothérapie, et les thérapies ciblées. Cependant, des pénuries de médicaments oncologiques peuvent survenir, comme lors de la crise liée à la COVID-19. Les progrès en chirurgie incluent des traitements de plus en plus conservateurs, aussi bien sur le sein que sur les ganglions, avec l’avènement de l’oncoplastie et de la technique du ganglion sentinelle.
Les besoins prioritaires en recherche et en ressources médicales incluent la création de centres spécialisés. Plus de centres dédiés au cancer du sein sont nécessaires, notamment dans les régions éloignées. Ensuite, il est crucial d’étendre les programmes de dépistage de masse organisés et de former des radiologues spécialisés. La formation continue des professionnels de santé sur les traitements modernes est également essentielle. Enfin, la recherche locale doit être renforcée par le financement d’études pour mieux comprendre les particularités du cancer du sein en Algérie.
Propos recueillis par Ines Fouzari
